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que ses Religieux prévinssent, comme lui, les pièges tendus si fallacieusement à une sensibilité trop naturelle «Quoique les affections et les goûts sensibles soient bons, lorsqu'ils viennent de Dieu et qu'ils servent à nous unir à. lui, ce n'est pas néanmoins en ces douceurs que consiste la substance de la dévotion : elles sont même souvent fausses et dangereuses car elles peuvent venir du démon ou de la nature pour nous amuser et nous tromper en nous détournant de la pratique de nos devoirs essentiels sous prétexte de piété. Par exemple, on se sentira ému, on versera des larmes, on se répandra en soupirs, en affec­tions tendres, en méditant sur l'amour de Dieu, sur la Passion de Notre-Seigneur, etc. ... Et cependant on ne voudra se gêner ni se mortifier en rien, on conservera tout son amour-propre, toute sa délicatesse, et semblables en cela à un enfant qui pleurerait en voyant sa mère malade et qui ne voudrait pas même lui donner une pomme ou une dragée qu'il a à la main.»

Ce que veut par-là le Frère François, c'est développer chez ses Religieux cette force. En faire des hommes solides et solidement armés, tel est le but qu'il s'est assigné, qui oriente ses pensées comme ses efforts. C'est ici qu'il nous faut revenir à la circulaire des pierres vivantes, qui porte la date du 31 décembre 1859. L'allégorie y est pous­sée à l'extrême. Son texte est à rapprocher des magnifi­ques prières de la Dédicace des Eglises.

«L'Eglise militante, écrit le Frère François, est le chantier divin où se préparent les pierres vivantes qui servent à la bâtir. C'est là qu'elles doivent être choisies, taillées, façonnées et toutes préparées; car, dans la Cité céleste, comme dans le temple de Salomon, il n'y a plus de préparation possible. On n'y entend aucun bruit, ni de marteau, ni de scie, ni de quelque instrument que ce soit. Et la Cité est une, tous les matériaux doivent être de même nature. Donc, toute pierre qui n'est pas préparée, qui ne s'adapte d'elle-même à l'édifice, c'est-à-dire qui ne participe pas à la nature de la pierre angulaire de l'édi­fice qui est Jésus-Christ, est rejetée à jamais.

«Or, mes Très Chers Frères, la taille de ces pierres vivantes du Ciel, est la croix, c'est la souffrance, ce sont les peines; les tribulations, les tentations de toutes sortes qui éprouvent les justes en cette vie. Il a fallu que le Christ souffrit et qu'il entrât ainsi dans sa gloire; c'est parce qu'il devait être le fondement, la pierre angulaire, la porte royale de l'édifice divin, qu'il a dû être affligé par tant de souffrances et d'opprobres.

«Il y a plus, mes Très Chers Frères, et, comme Reli­gieux, cette réflexion nous touche de très près; c'est que plus une pierre doit occuper une place importante dans l'édifice, plus la taille qu'on lui fait subir doit être forte et, en quelque sorte, douloureuse. Une préparation ordi­naire suffit aux matériaux qui vont se perdre dans les fondations ou se noyer dans le corps de l'édifice; mais ce n'est que par des coups redoublés de marteau et de ciseau qu'on amène à la perfection voulue la pierre qui doit figurer dans une entrée, dans une façade d'honneur.

«Or, d'après saint Liguori, les Religieux sont appelés de Dieu à occuper les premières places dans le Ciel, à rem­placer, dans les hiérarchies angéliques, les Chérubins, les Séraphins tombés avec Lucifer. Les vœux, comme trois clous divins, les fixent à la Croix avec Jésus-Christ, afin qu'associés de plus près à ses douleurs et à ses ignomi­nies, ils le soient aussi parfaitement à la joie et à la gloire de son triomphe. Heureux les Religieux qui sauront y rester jusqu'à la fin, sans écouter ni le démon, ni le monde, ni la chair qui leur crient sans cesse d'en des­cendre ... Mais, pour une raison contraire, malheur aux Religieux lâches et inconstants qui se lassent dans la voie de la perfection à laquelle Dieu les avait appelés !

«Il arrive quelquefois que la pierre même la mieux choisie ne se prête pas au travail de l'ouvrier ou qu'elle se brise sous les coups répétés qu'il lui donne. Et alors que se passe-t-il le plus ordinairement ? ... Ici, mes Très Chers Frères, la figure d'un, mystère profond et terrible qui ne s'accomplit guère que dans les âmes privilégiées. C'est que, plus cette pierre de choix a coûté d'efforts à l'ouvrier, plus il approchait de la perfection qu'il lui dési­rait, plus aussi il s'indigne de voir ses peines perdues et ses espérances trompées. De dépit, il abandonne la pierre rebelle à ses coups ou il achève de briser et de mettre en pièces celle qui ne sait pas les subir jusqu'à la fin. »

Comme on comprend les regrets exprimés par ce soldat de l'armée d'Afrique qui avait abandonné l'Hermitage où sa vocation aurait dû le retenir ! Il écrivait au Frère François pour lui parler de cette maison comme d'une céleste oasis. Et peut-être ce vieillard que l'on vit un jour arrêté sur la route qui domine les bâtiments de l'Hermi­tage et sanglotant à leur vue versait-il, lui aussi, des lar­mes de regret sur une désertion irréparable.

Mais lorsque le Petit Frère de Marie a perfectionné en lui cet état religieux pour lequel il est né, il n'a rempli que la moitié de sa mission. Messager du Christ, il lui reste à communiquer le

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