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message. Le Frère François ex­prime parfaitement ce passage d'un rôle à un autre dans sa lettre du 15 janvier 1842 : «Sanctifier le nom du Sei­gneur, nos Très Chers Frères, c'est le connaître, l'aimer et le servir, c'est, pour un Frère de Marie, répandre par tous les moyens possibles cette précieuse connaissance et cet amour pratiqués dans l'esprit et le cœur de la tendre jeunesse. Tel est le but de notre vocation : Nous n'avons embrassé la vie religieuse que pour glorifier Dieu en nous par une vie sainte et le faire glorifier dans nos enfants par nos exemples et nos pieux enseignements. Heureux le Frère de Marie qui consacre à cette noble et unique fin tout son temps, toutes ses peines, toutes ses études et tous ses soins. Au prix de ce trésor, tout l'or de la terre n'est qu'un peu de sable et tout l'argent du monde n'est que de la boue. C'est l'unique science que Notre-Seigneur apprécie, c'est la seule que nous devons estimer. »

Il va plus loin. La famille mariale à laquelle appartient un de ses Religieux est le signe d'une affiliation qui doit à la fois inspirer et orienter les diverses activités de sa vie. Nous relevons dans ses notes de 1854: «Mes yeux, ma langue, mes mains, mes pieds, tout mon corps doit prêcher, en tout temps et en tout lieu, l'esprit de la So­ciété. Mon cœur, mon esprit, ma volonté, toute mon âme doivent être remplis de l'esprit de la Société. Il faut que toutes mes pensées, toutes mes affections, mes désirs et mes desseins, toutes mes vues et mes paroles, toutes mes actions et mes démarches en portent toujours incessamment l'empreinte et tendent à le communiquer, salon la volonté de Dieu et le but de ma vocation. »

Jusques à quand ? Jusqu'au terme libérateur. «Vivons donc, s'écrie le Frère François dans une lettre du 31 juil­let 1847, vivons donc de manière à ne pas craindre la mort et ne regardons cette vie que comme le noviciat du ciel. » La mort du Frère Siméon ne lui avait-elle pas déjà inspiré, le 7 février 1843, ces sereines réflexions : «Dieu réserve à la mort la consolation de tout ce que nous au­rons fait sans consolation pendant la vie, et le plaisir de mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans plai­sir; mais la bonne mort est un chef-d'œuvre, il faut bien des coups d'essai pour réussir. Aussi la vie ne nous est-­elle donnée que pour nous préparer à bien mourir.

La plus haute illustration de ce «chef-d'œuvre » n'a-­t-elle pas été réalisée par le Frère François, un homme que la mort a trouvé à genoux ?

C'est cela qui est beau. Le Frère François ne s'est pas contenté de tracer du bout de la plume l'effigie du Reli­gieux idéal, suivant des formules tirées des Règles de son Institut. Autre chose est de concevoir ce personnage ab­strait, autre chose est d'en réaliser un exemple concret. Or, ce qu'il faut admirer dans ce Supérieur Général, c'est l'unité d'une vie portée, à la fois sous la forme active et sous la forme contemplative, à un haut degré de perfection. Le Frère Joannès Silas dépose: «Tous le regardaient dans la maison comme un ange.» Un autre affirme «Les confrères le regardaient comme une copie exacte du Père Champagnat, comme un modèle parfait. » Tel il nous apparaît, à nous qui nous sommes attachés à le suivre, pas à pas, dans toutes ses démarches. Sans que le moindre soupçon d'affectation puisse seulement effleurer sa mémoire, le Frère François a réalisé dans sa personne un modèle indéfiniment imitable. Il n'a pas été seule­ment un Religieux Mariste, il est le Religieux Mariste. Tant qu'il y aura un Frère de ce nom, il pourra, il devra se réclamer de lui qui reste, à tous égards, le premier d'entre eux.

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Se pourrait-il qu'après avoir pratiqué dans leur excel­lente les plus hautes vertus, ce Supérieur Général, qui est un des pères de sa Congrégation, n'eût pas engendré des fils à sa ressemblance ?

Dès l'année 1843, la nuit de sa mort, le Frère Siméon, en proie aux plus grandes souffrances, s'écrie : «Mon Jésus, ce n'est pas assez souffrir pour mériter un si grand bonheur ! » En mourant, lui aussi, le Frère Callixte s'es­timait bien plus heureux d'avoir appris à quelques petits enfants à faire le signe de la croix que d'avoir passé de si longues années à la pratique des sciences naturelles. Un Frère Directeur écrivait à son Supérieur cette noble re­quête : «Demandez pour moi et faites demander par tou­tes les personnes possible tous les tourments et la mort même plutôt que le péché le plus léger, le don. d'en pré­server les autres par mes prières, par mes exemples et mes leçons. » Dans la même année, en 1856, un autre de ces Religieux affirmait à son tour : «Malgré tous mes em­barras et toutes les peines que j'éprouve, je suis toujours bien dévoué à mon emploi et à la Société, et s'il fallait donner mon sang et ma vie pour la soutenir, je le ferais avec d'autant plus de plaisir que je la regarde comme ma mère et mon espérance. »

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