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On pourrait objecter que ces témoignages valent pour un passé déjà lointain et que le Frère François vivait au temps où ils furent émis. Dieu merci, dans l'Institut des Petits Frères de Marie, le présent répond au passé et le Frère François, dont on peut dire aussi que la présence spirituelle est toujours vivante, reste un éclaireur de l'avenir.

En 1947, devant un adolescent en soutane des Petits Frères de Marie dont l'âme nous apparaît translucide, nous pourrions nous étonner d'avoir en face de nous le produit d'un faubourg de grande ville, un de ces milliers de jeunes gens qui devraient être contaminés par l'usine, si nous ne savions qu'autour de certaines fleurs préser­vées et candides, des anges volent.

Cet autre novice, qui remplit les fonctions de sacris­tain, nous fait des réponses si simples et si fraîches qu'à peine transposées, nous croyons entendre celle d'Eliacin.

Nous demandons à un jeune Frère, resté quelques an­nées en République Argentine, s'il est heureux ? Il recon­naît la bonne entente qui règne entre les autres profes­seurs et lui et il nous exprime la joie qu'il en éprouve.

A notre tour, nous croyons discerner chez ces Reli­gieux un courant de fraternité véritable. Naguère, la plu­part d'entre eux venaient de la campagne. Aujourd'hui, la proportion se trouve inversée : la ville fournit aux Petits Frères de Marie plus de Religieux que les champs. Plongés dans le même moule, il est permis de se deman­der si la personnalité n'en sort pas, sinon étouffée, du moins bien contrainte ? Ce n'est pas l'impression que nous ont donné les jeunes gens que nous avons pu fré­quenter. D'ailleurs, si quelque fatale uniformité vient toujours de toute sujétion aux règles d'une école, c'est la conséquence d'une discipline indispensable au premier stade de la formation. Dans un milieu fermé, qui limite à l'initiative privée son champ d'expansion, il se peut que le postulant et même le scolastique se sentent à l'étroit. Mais il leur suffit d'avoir occupé un ou deux postes d'enseignement pour que, sollicité par les contacts de la vie, l'homme puisse sans retard donner toute sa mesure.

Le certain, c'est que, venu des champs reculés ou du faubourg populaire, il peut garder de ses origines une apparence que trahit la rudesse du grain. Le vase d'argile se transforme à recevoir la liqueur dont il est enrichi. A ce point de vue, le Frère François, qui était un entraî­neur d'hommes par le seul contact, reste un entraîneur d'hommes par son seul exemple.

Dans l'ordre spirituel, il n'est donc rien de changé. Les héritiers du Père Champagnat et du Frère François ont suivi leurs guides et, comme le dit le texte sacré, «imité leur foi».

Dans l'ordre intellectuel, il en va bien autrement. Née du peuple et pour le peuple, la Congrégation des Petits Frères de Marie prouve partout en France et au-delà qu'elle est fidèle à sa mission. Mais, condamnée à la mort dans son pays d'origine par des lois néfastes, elle a dû porter plus loin, toujours plus loin, le champ de son apostolat. Elle y a trouvé une liberté d'expansion qui n'a de limites que celles du monde lui-même, et une possibi­lité de recrutement qui est devenue la magnifique rançon de l'exil. Actuellement, le chêne plus que séculaire et lentement émergé du vallon de l'Hermitage étend le bien­fait de ses branches sur quarante-cinq pays de la sphère. Les Frères Maristes sont au nombre approximatif de- onze mille, répartis sur trente et une provinces. Ils desservent plus de six cents écoles et plus de sept cents communautés. Ils éduquent près de deux cent mille enfants.

Un accroissement et un élargissement insoupçonnés des premiers maîtres de l'Institut pouvaient-ils se maintenir sans que la Congrégation elle-même consentît à des transformations requises à la fois par l'époque, les lieux, les buts à atteindre?

La vie est en marche. Toute institution qui veut vivre doit marcher avec elle, à moins d'être atteinte de sclérose, avant d'être frappée de mort. Il y a déjà longtemps que Paul Valéry a écrit : «Le temps du monde fini commen­ce. » Cet éternel recommencement commande un éternel rajustement. La progression heureuse ne consiste-t-elle pas dans le maintien d'une tradition dont l'armature in­frangible a fait ses preuves et dans l'assimilation des ap­ports que te présent ne cesse de procurer à ceux qui re­gardent vers l'avenir?

L'évolution de la vie, comme celle des idées, exigeant une éducation plus savante, les Frères Maristes ont com­pris qu'ils devaient, eux aussi, coopérer à un progrès, serviteur de Dieu. Ils y ont roussi. La formation primaire depuis longtemps dépassée, c'est aux diplômes qui cou­ronnent les études secondaires qu'aspirent les enfants instruits dans leurs grandes maisons de la France et de l'étranger. Ils sont allés plus loin : pour ne point res­treindre le développement des belles oeuvres qu'ils avaient entreprises au Brésil, les Frères Maristes ont dû créer des établissements d'enseignement supérieur. Ils ont organisé des facultés de philosophie, de lettres et de scien­ces à Porto-Alegre, dans l'Etat de Rio-Grande-do-Sul ; à Curitiba, dans l'Etat du

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