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rendu vivants deux de ses fils engagés dans les guerres de l'Empire. Notre­-Dame et l'Enfant Jésus y apparaissent entre sainte Thé­rèse et saint Dominique. Après avoir protégé ses aînés, la mère de Gabriel Rivat vient lui demander de prendre en sa sainte garde un troisième enfant, sur le point de s'enrôler sous sa propre bannière.

Gabriel Rivat a-t-il conscience de la décision que pren­nent ses parents et qu'il va prendre lui-même ? A cette question primordiale, une réponse est donnée par l'af­firmation inscrite en tête du journal de celui qui allait être le Frère François.

Ce journal, nous aurons assez souvent l'occasion de nous y référer. Chaque fois, il nous reposera des textes de ce genre. Petit carnet que le Frère n'écrivait que pour lui, il reste pour nous un mémento inestimable. Et com­bien rare ! Au cours de ces lignes juxtaposées comme des sillons, nulle trace de ce narcissisme qui fausse tant de confidences faites à la postérité par des calculateurs moins soucieux d'exposer la vérité que de veiller aux draperies de leur légende. Dans le journal du Frère François, nous ne trouvons que la relation du fait essen­tiel, l'expression réduite à l'extrême, la sobriété des termes, et, jusque dans l'écriture menue, une économie paysanne infiniment plus précieuse que les complaisan­ces de forme et les superbes étalages par lesquels des malins, où prétendus tels, ont visé, de tout temps, à nous en faire accroire.

En tête de son journal, Gabriel Rivat a écrit : Donné par ma mère à Marie, au pied de l'autel de la chapelle du Rosaire dans l'église de La Valla, je suis sorti du monde mercredi, le 6 mai 1818.

Comme les mots frappent juste! Ce premier terme: donné, rejoint d'un trait tout le Moyen Age religieux. Un donné était un oblat qui se vouait corps et âme à une abbaye. Et, dans ce mot tout simple, ce mot abrupt, il y a abandon total d'un être qui ne songera plus à se reprendre.

Et, comme si ce mot ne suffisait pas à marquer le caractère irrévocable du don, la même énergie se retrou­ve dans l'expression qui vient aussitôt le confirmer : Je suis sorti du monde...

Il va baigner encore dans ce monde dont il sera séparé par les seules barrières que mettent entre eux l'habit et la Règle. Mais, pour lui, il est une séparation intérieure qui assigne une distance plus irréductible. Je suis sorti du monde..., ces mots tranchants marquent une coupure entre ce qui était hier et ce qui doit être désormais. Sans doute, ce n'est pas au lendemain de son entrée dans le petit groupe des fervents du Père Champagnat que Gabriel a écrit ces lignes, mais, à coup sûr, il n'a point tardé de les écrire, tant nous remarquons, chez cet enfant retenu, un quant-à-soi qui va rapidement se muer en maîtrise.

Françoise Boiron s'en revint seule à Maisonnette. Elle pouvait être triste de l'éternelle tristesse des mères qui se privent à jamais d'une présence chérie. Mais ce n'était pas perdre son enfant que le remettre aux mains d'une Mère plus insigne. Elle gardait au cœur la ro­buste confiance des chrétiennes, qui savent rendre à Dieu ce que Dieu leur a donné.

Quant à Gabriel Rivat, enfant privilégié, il entre de plain-pied dans la voie de son destin. Et cette voie, il n'a pas eu besoin de la chercher, parce que Dieu l'a choisie pour lui et que ses répondants sur la terre se sont bien gardés de s'opposer à cet appel.

*

*   *

Le 6 mai 1818, Gabriel Rivat se considère donc comme un engagé. Du jour où il rejoint l'abbé Champagnat, il commence son noviciat.

Les progrès qu'il y fait sont ceux d'une éclosion, tant il est vrai que cette fleur y a trouvé son climat. Elle s'y développe en pleine spiritualité. Le passage a été im­médiat de la digne existence que Gabriel menait à la ferme à une existence plus digne encore, et son âme sans partage s'offre aussi toute réceptive aux intentions géné­reuses du prêtre qui â pris soin de son avenir. Non seule­ment il se prête avec une docilité consciencieuse à un enseignement intellectuel nouveau pour lui, mais, au-delà des connaissances de l'esprit, il se laisse entraîner par un guide qui l'élève bien au-dessus de la terre.

Le 8 septembre 1819, en un jour consacré une fois de plus à une fête de la Vierge, Gabriel Rivat reçoit l'habit des Petits Frères de Marie. Actuellement, cet habit n'est pas remis avant l'âge de seize ans. Gabriel n'en a que onze. Mais il montre des qualités et des aptitudes qui en­couragent à son égard les audaces du Fondateur.

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