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l'avait fait son frère aîné. Le refus qui lui fut opposé dut, pour jamais, décourager ses tentatives : «Je ne fais pas ma volonté, lui répondit nettement le Frère François. Je fais la volonté de Dieu qui m'est manifestée par mon Supérieur. »

Ainsi, dans un âge où, perméable à toutes les influen­ces, l'adolescent peut encore hésiter, ce Religieux affirme une droiture de cœur et une droiture d'intention dont sa vie quotidienne va lui offrir l'occasion de donner tant de preuves. Cependant, une possession de soi déjà si virile ne saurait humainement s'expliquer. Pour la compren­dre, il faut en appeler à la vie intérieure du Frère Fran­çois, cette vie essentielle qui assurait à son âme tendre une armature d'homme fait.

Bientôt, il allait attester la mesure de cette maturité peu commune.

*

*   *

Dans cette période originelle, où les membres de l'Ins­titut ne sont pas encore en grand nombre, le novice ne tarde pas à quitter sa maison d'adoption pour aller faire au loin oeuvre d'éducateur et d'apôtre.

Toutefois, au préalable, on lui confiait d'ordinaire les attributions de cuisinier.

C'est donc en cette qualité que le Frère François fut envoyé à Marlhes. Il devait s'y rendre à pied. Par monts et par vaux - ce n'est pas ici une expression consa­crée, mais une réalité topographique - la traite est as­sez longue, le cheminement difficile. Les lourds habits de religieux, le sac de toile noire qui contient tout le bagage du Frère, son linge et ses livres rendent la mar­che plus malaisée.  C'est pourquoi, par moments, le Frère Directeur se sentait pris de pitié pour le petit com­pagnon qu'il voyait peiner à son côté. Quand aucune agglomération n'était en vue, bravement il le chargeait sur ses épaules et ils s'en allaient ainsi, l'un portant l'autre, par la sente forestière ou le vallon discret.

Quant au cuisinier de treize ans, il fit certainement de son mieux. Mais, comme il n'avait pas été choisi pour sa compétence, on peut concevoir à quelles recettes faci­les devait se réduire la modicité de ses préparations.

Au cours des années suivantes, professeur à Vanosc, à Boulieu, son passage ne laisse pas de souvenir. Com­me un soldat dans le rang, il sert. Et il ne nous déplaît pas de constater que cette partie de sa vie s'enveloppe d'obscurité, parce que, probablement, faisant bien ce qu'il faisait, il ne fit rien d'exceptionnel. De la vie de Marie à Nazareth, que savons-nous ? Que savons-nous de saint Joseph ? . . .

Mais ces années cachées ne doivent pas nous donner le change. Si l'on se contentait de regarder à la surface, la conduite du Frère François ne présenterait qu'un che­minement menu, paisible et régulier. La vie sans éclat d'un héros de la foi ne peut donner cette apparence qu'à des yeux superficiels. En profondeur, la vie des saints reste toujours une bataille, toujours une conquête. Tou­tes les forces divines qui les assistent ne vont jamais sans le concours inlassable2 de l'effort humain.

Tandis que le jeune Frère, parcourant le cycle de ses déplacements, se trouve, en 1826, premier professeur à Boulieu, le Père Champagnat ne perd pas de vue son disciple. Impartial, il l'a tenu éloigné pendant cinq ans, pour qu'il soit, comme tous ses fils, rompu aux difficul­tés du professorat et qu'aucune des charges imputables à un Frère de Marie ne lui soit étrangère. Mais la dis­tance ne l'empêche pas d'observer attentivement ses pro­grès et de voir avec quel succès, livré à lui-même, il parachève sa première formation.

Il ne s'y trompait pas. Ses élèves lui accordaient au­tant de respect que d'amour. Et, dès Boulieu, le très jeu­ne instituteur avait fait un règlement qui vise à la plus haute perfection. C'est ainsi qu'en 1826 il note déjà : « Etre tiède serait pour moi le reproche le plus amer. J'aimerais à être délaissé, inconnu, même dans la Com­munauté. »

A cette époque, l'Institut est en pleine période d'élar­gissement. De la masure primitive de La Valla, le Père Champagnat est descendu à l'Hermitage. Il y a installé, au prix de quelles difficultés, au prix de quelles contra­dictions, une maison-mère qui doit permettre à la Con­grégation de procéder avec plus d'aisance à son dévelop­pement. Mais l'Institut des Frères Maristes pouvait-il échapper à cette série d'épreuves, pouvait-il échapper à cette loi presque normale de l'opposition

2 : inlassé.

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