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sous laquelle il semble que Dieu commence par courber toute oeuvre humaine vouée à la réussite? Nous n'avons pas à rappe­ler ici des incidents dont les péripéties sont détaillées dans la vie du Père Champagnat. Nous dirons qu'à la suite de conjonctures difficiles, après la dangereuse in­trusion de l'abbé Courveille, le Fondateur des Petits Frè­res de Marie rappela auprès de lui le Frère François et l'invita à faire profession.

Quelle invitation pouvait davantage répondre au secret désir de l'élu ?

La cérémonie eut lieu le 11 octobre 1826. Le Frère François avait alors dix-huit ans. Sur le chemin de son élévation, c'est une date nouvelle qu'il note aux pages de son journal et après laquelle il écrit que, désormais, il considérait «son corps comme un temple dont son cœur serait le sanctuaire». Et ces mots traduisent à peine sa félicité. Du fond de l'être comblé, elle remontait au vi­sage où elle transparaissait en traits si lumineux que le Père Champagnat lui-même ne put s'empêcher de lui dire : «J'envie votre bonheur. »

Qui pourrait nier qu'à la même époque une certitude heureuse n'eût aussi allégé le cœur du Fondateur? Si cruelles que fussent pour lui tant de vicissitudes tramées de malveillance, il sentait qu'à l'avenir il ne serait pas seul à en supporter l'injure; il savait qu'ayant eu, à l'ori­gine, la grâce de rencontrer un disciple selon son cœur, il pouvait avec lui continuer d'entreprendre sans dé­sespérer.

Aussi bien, du jour où le Père Champagnat eut rap­pelé auprès de lui le Frère François, il ne le laissa plus repartir. Le Frère fut même jalousement gardé. Dès 1826, encore qu'il n'eût que dix-neuf ans, il devint directeur des classes du noviciat. Il y consacrait une heure et demie le matin et une heure et demie le soir. C'était peu. Mais, avec une sollicitude renouvelée de celle de La Valla, le Fondateur avait maintenant pour son disciple immédiat les intentions de haute vue qui le rendaient naguère plus attentif à son jeune initié. Il lui réservait donc un temps indispensable à la perfection de ses diverses connaissan­ces. Le Frère François en profite pour s'adonner de plus près à l'étude de la religion, il approfondit les sciences qu'il a enseignées et, comme le Frère Louis-Marie vient d'arriver du séminaire pour enrichir le noviciat des Ma­ristes, il se met à son école, il suit avec succès ses cours de mathématiques et de géométrie, il se familiarise avec l'arpentage, pratique aujourd'hui réservée aux spécia­listes, mais alors d'un usage plus courant. Il y a chez lui, dans cet âge réceptif, un besoin invincible d'em­brasser tout le savoir que lui permettent d'atteindre et ses devoirs de religieux et sa charge d'éducateur. Il de­mande même à la pharmacie et à la petite chirurgie des notions assez profondes pour donner, le reste de sa vie, à ses confrères, en des circonstances assez diverses, des soins éclairés.

Sur cet ensemble d'études poussées en profondeur, nous devrions nous tenir à des notions générales, ra­pidement énoncées, si le Frère François n'avait pris soin de nous laisser des confidents presque journaliers, qui sont aujourd'hui des témoins irrécusables. Ces confi­dents et ces témoins, ce sont ses carnets. Bien que ces petits cahiers très épars ne nous soient pas parvenus en totalité, ils représentent quelque cinq mille pages d'une écriture qui ne laisse ni blancs, ni marges. Reliés quel­quefois sommairement sous un dos en parchemin qui sent son époque, ils confirment le prodigieux travail au­quel s'est livré avec une patience inépuisable leur fer­vent annotateur. On se demande même comment il a pu, sur le temps consacré à ses charges, gagner celui de faire toutes ces transcriptions.

Grâce à elles, nous connaissons les auteurs qu'en ma­tière religieuse il fréquentait de préférence. C'étaient d'abord ceux qui formaient alors le fonds de ses connais­sances spéciales : Les Pères du Désert, de Marin; Godes­card et Croiset, Rodriguez, Saint Jure, Henrion et maints autres ouvrages d'édification. Parmi les biographies qui lui étaient les plus chères, nous relevons celles de saint François d'Assise, saint François de Sales, saint François Xavier, saint François Régis, autant de saints qu'il chérissait, le premier pour son humilité, le second pour sa gaieté, le troisième pour son zèle au salut des âmes, le quatrième pour son amour de Dieu. Il lisait encore celles de saint Stanislas Kostka, saint Louis de Gonzague, sainte Madeleine de Pazzi, sainte Lidwine de Schiedam, sainte Jeanne de Chantal, pour ne nommer que les prin­cipales. En pratiquant des prélèvements dans tous ces ouvrages, on pourrait croire qu'il faisait uniquement oeuvre de compilateur. Combien de lecteurs amassent, pour le plaisir d'amasser ! Le fruit de leurs lectures devient alors à peu près stérile, puisqu'il est pareil à des pierres d'attente éparses sur un chantier où l'architecte ne viendrait jamais leur donner leur place dans l'ordonnance d'une construction dont elles ne sont que les frag­ments. Pour le Frère François, ces analyses minutieuses n'étaient que les éléments d'une vaste synthèse. Il les groupait sous des rubriques rangées par ordre alphabé­tique, de façon à obtenir sans recherche discursive le trait dont il

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