X hits on this document

102 views

0 shares

0 downloads

0 comments

33 / 36

un mauvais arrangement. Le faire pour le crédit titrisé dans des conflits d’intérêt exacerbés et avec des modèles inadéquats est bien pire. Dès lors que la titrisation serait simplifiée et normalisée et passerait dans le domaine des marchés organisés, la relation incestueuse entre les agences et les banques d’investissement n’aurait plus lieu d’être. Les régulateurs de marché pourraient prohiber les services de conseil et de consultation des agences, de manière à en faire des firmes qui vendent exclusivement de la notation et qui devraient se concentrer sur l’amélioration de leurs modèles, lesquels devraient être soumis à examen par les régulateurs. Leur financement devrait être fait par une contribution obligatoire sur tous les utilisateurs, les vendeurs comme les acheteurs de titres.

Comment informer correctement les investisseurs ?

Les tranches de crédit structuré ont des profils de risque qui contiennent des caractéristiques de pertes non anticipées très différentes de celles d’obligations de même notation. Il s’ensuit que les notes peuvent être hautement trompeuses pour les investisseurs qui y ont recours, parce qu’ils n’ont aucun moyen d’avoir un jugement indépendant. C’est bien pourquoi la solution se trouve dans la simplification de ce qui peut être titrisé à des crédits individuels suffisamment connus, dans des populations d’emprunteurs peu concentrés et peu dépendants d’un même collatéral pour diminuer les variations brutales de corrélation dans le pool.

Conclusion

Peut-on sauver le modèle de la banque d’investissement comme modèle dominant du financement de la croissance ? Hormis les réformes techniques de la titrisation évoquées ci-dessus, c’est toute la régulation prudentielle des banques qui est en cause. La régulation prudentielle codifiée à Bâle a le double inconvénient d’inciter à l’arbitrage réglementaire du crédit structuré et de concevoir une régulation prudentielle délibérément pro cyclique. Tous les intermédiaires de marché font un usage immodéré du levier parce que la régulation prudentielle et la politique monétaire leur en donnent toute licence : prime brokers, hedge funds, banques d’investissement, maisons de titres.

Mais il faut aussi imposer le même ratio de capital à un crédit qu’il soit destiné à être porté au bilan, qu’il soit destiné à être vendu ou que son risque soit vendu. Il faut aussi éviter que le risque soit moins contrôlé sous prétexte qu’il est transféré ultérieurement à des agents financiers non bancaires. Des coopérations sont nécessaires en régulateurs pour que le risque de crédit soit traité de la même manière partout où il circule. Enfin et surtout des provisions en capital anticycliques devraient être imposées aux banques. C’est lorsque tout augmente trop vite, les prix des actifs, la richesse et l’endettement que les banques centrales et les superviseurs devraient s’inquiéter. C’est à cette phase du cycle que les profits élevés des banques doivent avoir l’obligation d’être mis en réserve.

Concernant les réformes de la réglementation, il faut être bien conscient qu’une régulation volontaire des professions concernées veut dire pas de réglementation du tout. Les codes de bonne conduite n’ont aucune efficacité sauf s’ils sont assortis d’une menace explicite et sans ambiguïté d’être transformés en réglementation contraignante à la première violation.

Il reste que, si la capacité de nuisance du modèle de la banque d’investissement est endiguée, ce modèle perdra de sa superbe. Il devra être relayé en partie par la promotion d’un modèle de financement par le capital. Ce modèle est celui des investisseurs financiers à long terme qui vient de recevoir le renfort des fonds souverains émergents. Le potentiel de développement de ce modèle dans les prochaines décennies de la mondialisation est énorme. Il est le seul à pouvoir promouvoir les investissements en développement durable, à assumer les

33

Document info
Document views102
Page views102
Page last viewedWed Jan 18 04:32:50 UTC 2017
Pages36
Paragraphs968
Words15286

Comments