X hits on this document

89 views

0 shares

0 downloads

0 comments

7 / 37

Martin Geoffroy, “Pour une typologie du nouvel âge” (1999)7

croyances et de pratiques individuelles :

La logique du bricolage, majoritaire aujourd'hui dans le champ religieux des pays occidentaux, est à l'œuvre aussi bien au sein du christianisme que dans des mouvements où la référence à une tradition s'estompe derrière la quête du bonheur individuel par le spirituel 3.

Selon moi, ce « bricolage » signale plutôt l'émergence d'une nouvelle forme de religiosité qui ne coïnciderait plus avec la définition classique de la religion. Cette définition, habituellement fondée sur le critère d'appartenance à une Église, ne tient plus puisque, désormais, une majorité de gens se livrerait à un « bricolage » spirituel à l'extérieur des grandes traditions religieuses. Le critère d'appartenance à une institution religieuse deviendrait donc inefficace pour évaluer un phénomène comme le NA. Cette nouvelle forme de religion, appelée communément le « mouvement du nouvel âge », ou encore le « réseau de nouvel âge » 4, comporterait donc plusieurs caractéristiques organisationnelles qui auraient échappé jusqu'à maintenant aux chercheurs en sciences sociales.

Le NA n'est pas une institution au sens usuel du terme. C'est pourquoi on ne peut l'étudier de la même façon qu'on étudie les grandes Églises. En fait, il faut aborder le NA en tant que phénomène social. Ce n'est pas seulement une mode passagère qui résulterait d'un quelconque processus « inévitable » de sécularisation. Cette affirmation est limitée par une méthode comparative qui s'inspire d'une définition institutionnelle de la religion, ce qui va très souvent fausser les résultats de la recherche :

What are usually taken as symptoms of the decline of traditionnal Christianity may be symptoms of a more revolutionary change : the replacement of the institutional specialization of religion by a new social form of religion  5.

Je dirais que le NA est la manifestation primaire de cette « nouvelle forme sociale de religion » qui, d'après Luckmann, a remplacé la religion institutionnelle et qui se caractérise par une multitude de conceptions religieuses relevant plutôt de la vie privée des individus que d'une Église déjà établie. Ces nouveaux regroupements d'individus, qui sont la plupart du temps autonomes, fonctionnent souvent à l'extérieur des structures sociales établies. En fait, ils fonctionnent parallèlement aux institutions primaires par un réseau de branches secondaires qui répondent à des besoins de plus en plus spécifiques. Le changement social et la

3 F. Champion, art. cité, p. 746.

4 Dans ce texte, j'utilise à la fois l'expression « réseau » et celle de « mouvement », car il n'y a pas encore consensus chez les chercheurs dans le domaine quant à l'emploi plus précis de ces concepts qui font partie des débats théoriques actuels.

5 T. Luckmann, The Invisible Religion. The Problem of Religion in Modern Society, New York, Macmillan, 1967, p. 91.

Document info
Document views89
Page views89
Page last viewedThu Dec 08 04:27:13 UTC 2016
Pages37
Paragraphs314
Words12085

Comments