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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)107

Il faut donc reconnaître que les délinquants exercent une forme quelconque d'influence criminogène. Mais comment rendre compte de ce phénomène si, comme nous venons de le voir, il faut écarter l'hypothèse selon laquelle les sous-cultures transmettent à leurs membres des normes qui font du délit un acte valorisé ?

Reste une autre possibilité sur laquelle je me suis expliqué ailleurs 23. En bref, celle-ci repose sur l'idée que les délinquants, plutôt que de transmettre des normes, offrent à leurs pairs des solutions et leur ouvrent des opportunités criminelles. Les délinquants, par l'exemple, par l'incitation, par leur aide, facilitent le passage à l'acte de leurs camarades. Ils indiquent la façon la plus efficace d'exécuter un délit et, éventuellement, favorisent l'acquisition des techniques et du savoir-faire qui rendent possible la réalisation de délits complexes. Lors du passage à l'acte, la présence de pairs délinquants contribue à modifier les conséquences du délit, le rendant plus agréable et plus efficace. Avec des complices, la probabilité augmente que le vol, par exemple, rapporte plus d'argent, plus de plaisirs et que son auteur échappe à la censure de son milieu.

L'influence des amis délinquants relève donc du domaine de l'efficacité et non de celui des valeurs. La différence est de taille. Elle correspond à la distinction qui devrait être faite entre procédé et norme. Le procédé est une pratique qui permet de réaliser un objectif ou de solutionner un problème. Ici, seul compte le résultat. A la limite, le bon procédé est l'expédient qui permet d'arriver à ses fins par de douteuses combines. La nonne indique la conduite qui est exigée ou interdite parce qu'elle est jugée bonne ou mauvaise. Ici nous sommes dans le domaine de l'obligation et dans celui du bien et du mal. Les délinquants influencent leurs camarades en leur faisant acquérir des procédés, non des normes, des expédients, non des idéaux. La distinction permet de comprendre comment il se fait que, bien qu'il n'existe pas à proprement parler de sous-culture criminelle (au sens de milieu où le crime serait hissé au rang de valeur morale), les délinquants puissent, malgré tout, avoir une réelle influence sur leurs

23 Au chapitre 18 de Délinquants, pourquoi ?

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