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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)115

délinquance. C'est effectivement ce qui se produit. Le fait est si connu qu'il en devient banal : les jeunes délinquants s'entendent mal avec leurs parents. Cette constatation a été très souvent rapportée par des chercheurs qui étudiaient les caractéristiques des adolescents arrêtés par la police. Ces derniers se distinguent des non-délinquants par des relations froides ou hostiles à l'égard de leurs parents. Et il faut avouer qu'il y a réciprocité : les parents se révèlent souvent froids, durs et haineux vis-à-vis de leurs enfants (Glueck et Glueck, 1950, p. 125 ; Andry, 1960, pp. 117-119 ; McCord et McCord, 1959, pp. 90-99 ; West et Farrington, 1973). Des observations similaires ont été faites chez les écoliers dont la délinquance est mesurée par questionnaire : on trouve constamment des corrélations négatives entre le nombre de délits avoués et divers indices de relations parents-enfants (Nye, 1958, p. 72 ; Hirschi, 1969, pp. 91-93 ; Biron, 1974, p. 113 ; Caplan, 1978, pp. 122-129 ; Le Blanc et Biron, 1980, p. 83).

Un raisonnement similaire peut être avancé à propos du milieu scolaire. Si l'engagement à l'école est une dimension de l'intégration, laquelle est une condition du contrôle social, on peut supposer que la délinquance variera en fonction inverse du degré d'intégration à l'école 26. C'est effectivement ce qui se passe : l'échec, le retard et l'abandon scolaire sont étroitement associés à la délinquance (Hirschi, 1969, p. 116 ; Villars, 1972, pp. 133-134 ; Laberge-Altmejd, 1976). En outre, les jeunes délinquants ont tendance à avoir des aspirations académiques peu élevées et à consacrer relativement peu de temps à leurs travaux scolaires.

Devant ces constatations, il est légitime de conclure que plus un adolescent est intégré à sa famille et à son milieu scolaire, moins il aura tendance à commettre des délits. Formulée autrement et à un niveau plus élevé de généralisation, la proposition pourrait se lire comme suit : la délinquance varie en raison inverse de l'intégration

26 Les faits concernant la situation scolaire des jeunes délinquants peuvent aussi se prêter à une interprétation en termes d'opportunités, comme je l'ai fait dans Délinquants, pourquoi ? Ceci voudrait dire que l'inadaptation scolaire entretient une double relation avec la délinquance. Dans un premier temps, elle conduit à un rétrécissement des opportunités, dans un second temps, elle marginalise l'adolescent, l'excluant, par le fait même, de la sphère d'influence régulatrice de la société.

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