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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)118

leurs enfants. Les recherches sur les méthodes disciplinaires nous apportent une première information. En 1950, Sheldon et Eleanor Glueck avaient fait une étude systématique des formes de l'exercice de l'autorité par les parents chez un groupe de 500 jeunes délinquants persistants comparé à un groupe de 500 non-délinquants. Les méthodes disciplinaires utilisées par le père et la mère avaient été jugées à l'aide d'une grille qui permettait de les qualifier selon quatre catégories : 1. discipline ferme, mais affectueuse ; 2. discipline excessivement stricte (les parents sont durs et inspirent la crainte) ; 3. discipline relâchée (indifférence, négligence et laisser-aller) ; 4. discipline erratique (usage alterné et inconstant de mesures soit relâchées, soit trop strictes). Cette procédure fit découvrir aux Glueck que 91% des mères des délinquants avaient un style éducatif soit relâché, soit erratique ; chez les mères des non-délinquants le pourcentage équivalent était de 33% (S. de E. Glueck, 1950, p. 131) 27. Ainsi, le mode d'autorité exercé par la mère des délinquants est marqué par l'indifférence et la permissivité. Contrairement à ce qu'on croit souvent, le jeune délinquant ne souffre pas d'un abus d'autorité, mais du laisser-aller.

Des constatations du même ordre ont été faites et refaites constamment par différents chercheurs. En France, Villars (1972) constatait que 72% des parents de son échantillon de jeunes délinquants avaient des attitudes éducatives marquées par le laisser-aller, l'absence d'autorité, la faiblesse et l'impuissance (p. 306). Par contre, il ne trouvait que 7% de ces parents qui avaient exercé une éducation d'une sévérité excessive.

Ainsi, la plupart des jeunes délinquants ont eu des parents, non pas trop sévères, mais faibles, indifférents, laissant leur enfant faire ce qu'il voulait.

Ces observations ne sont pas sans rapport avec le sujet qui nous occupe, à savoir le blâme. Car, comment réagiront de tels parents aux incartades de leurs enfants ? Certainement pas par un blâme énergique. Trop faibles, trop peu concernés, ils laisseront passer, ils

27 68% des pères des délinquants agissaient de façon relâchée ou erratique, contre 36% chez les non-délinquants.

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