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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)121

S'il est vrai qu'au sein du cercle familial le blâme peut contribuer à freiner la délinquance, on pourrait croire qu'il en est de même dans d'autres sphères de la vie sociale. C'est ce que Tittle (1980) réussit à démontrer lors d'une importante recherche réalisée auprès de 1993 individus de trois États américains. Afin d'isoler le plus rigoureusement possible l'influence des sanctions, Tittle se refuse à retenir la délinquance révélée comme variable dépendante. Il utilise plutôt l'estimation, faite par ses répondants, de la probabilité qu'ils auraient de commettre tel ou tel délit dans l'hypothèse où ils auraient été tentés de le faire. En d'autres termes, au lieu d'utiliser les délits passés, il crée une mesure construite à partir de questions du type : quelles seraient les chances que vous auriez de commettre un vol de 50,00 $ si le besoin s'en faisait sentir 28 ?

Tittle met alors cette variable en relation avec une impressionnante série de variables indépendantes qui portaient non seulement sur les sanctions informelles, mais aussi sur divers facteurs généralement associés à la délinquance. Il constate alors, dans un premier temps, que l'engagement moral (le fait de dire d'un délit qu'il est mal) et l'association différentielle (la fréquentation de délinquants) sont les variables les plus fortement associées à la probabilité de délinquance future (p. 188). Cette observation n'est pas nouvelle, mais ce qui l'est beaucoup plus, c'est ce que le chercheur découvre dans un second temps : la crainte des sanctions informelles suit de très près et a une influence presque aussi importante sur la délinquance future que l'attitude morale et la fréquentation de délinquants. La dimension de la réaction sociale qui contribuait le plus fortement à inhiber d'éventuels délits était la perte du respect interpersonnel. Il s'agit de l'estimation, par les répondants, du quantum de respect de la part de leurs proches qu'ils pourraient perdre s'ils commettaient un délit donné (p. 197).

28 Une telle mesure possède deux avantages. Premièrement, elle porte sur l'avenir ; elle permet donc de s'assurer de l'antériorité causale : on évite la difficulté qui vient du fait que les délits antérieurs peuvent modifier la perception des sanctions. Deuxièmement, elle comporte la supposition que le répondant a un réel désir de commettre le délit en question. Ceci permet de contourner la difficulté que posent les individus (les gens très riches par exemple) qui s'abstiendraient de passer à l'acte, non à cause de la crainte de la réaction sociale, mais simplement parce qu'ils n'en ont pas envie.

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