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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)128

Ils croient qu'il faut éviter de brimer un enfant de peur d'inhiber sa spontanéité.

6. L'intransigeance de l'enfant. - Il se trouve des enfants qui, très tôt, défendent leurs pulsions avec une vigueur extrême et qui contre-attaquent farouchement à chaque fois qu'on leur demande de sacrifier leurs désirs à une valeur quelconque. A la longue, les parents cèdent aux pressions de l'enfant. La tolérance est alors le résultat de la défaite des parents devant la force des revendications de l'enfant. Yochelson et Samenow (1976) affirment que c'est le cas de la plupart des criminels qu'ils ont étudiés. Debuyst (1960) relève le phénomène chez des jeunes adultes criminels qui furent des enfants gâtés.

Les conséquences de la tolérance

Quelle qu'en soit la cause, la tolérance excessive des parents laisse des traces durables chez l'enfant. N'étant que rarement confronté à des interdits véritablement sanctionnés, il n'a appris ni à différer la satisfaction de ses désirs, ni à accepter les frustrations, ni à se subordonner à une valeur quelconque. L'enfant qui a vécu dans un climat d'indifférence morale n'a pas acquis le sentiment de l'obligation. Il ne peut se plier à une discipline. N'ayant jamais eu à contrôler ses, désirs, il en est devenu l'esclave.

Or, tôt ou tard, la nécessité de la discipline s'imposera. Peut-être à l'occasion de changements dans la famille mais, plus vraisemblablement, à l'école où les enseignants verront d'un mauvais oeil cet enfant inévitablement désordonné et insoumis et, enfin, dans le voisinage, où on réagira avec une hostilité croissante à des incartables qui, avec l'âge, deviennent de plus en plus intolérables. Pour résorber son inconduite, on aura recours aux pressions morales traditionnelles : exhortations, remontrances, punitions. Malheureusement, et c'est là un point capital, il est trop tard. L'enfant est devenu, à toutes fins utiles, incapable de se conformer aux attentes de ceux qu'il fréquente. Les blâmes tardifs ne conduisent plus aux améliorations désirées. Elles ne font que blesser l'enfant. Celui-ci se sent alors piégé ; accablé de reproches, il est impuissant à adopter une ligne de conduite qui lui permettrait d'y échapper.

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