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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)129

Le petit Henri que décrivent Debuyst et Joos (1971, p. 136 ss.) nous offre un exemple de ce processus. Henri vole depuis plusieurs années, il se dérobe à toute discipline et ne résiste jamais à une sollicitation. Il a été élevé par ses grands-parents dans des conditions bien particulières. « La grand-mère n'avait aucun souci d'organisation. Elle ne faisait jamais à manger de sorte que les repas se prenaient à n'importe quelle heure et que la nourriture consistait en pâtisseries, gaufres, crêpes, chocolats, confiseries diverses. L'enfant prenait tout ce qu'il voulait, obéissait ou n'obéissait pas ; c'était l'enfant gâté dans le sens le plus complet » (pp. 136-137). « Dès ses premières années, Henri se montra indiscipliné, totalement incapable de résister à la moindre envie qui lui passait par la tête, incapable de différer un mouvement et de s'adapter au moindre projet d'avenir. Il grandit ainsi sans avoir dû s'adapter à la durée et sans avoir dû poser un acte à échéance » (p. 137). Cependant, son père se remarie et reprend Henri chez lui. Sa seconde femme veut donner de bonnes habitudes à l'enfant, l'obliger à aller à l'école, à manger à l'heure. Henri refuse alors de se soumettre à ces contraintes. Il est devenu incapable d'accepter les exigences d'une vie normale, incapable de tout effort, incapable de renoncer a une envie du moment. Il a, devant les exigences parentales, « une réaction de défense qui s'apparente à la panique » (p. 161). Sa seconde mère ne veut pas céder, les choses s'enveniment : fugues, mensonges, larcins. Progressivement, Henri se réfugie dans la seule activité que lui offre le présent et qui lui apporte une satisfaction : le vol. Tout son plaisir d'agir et de créer se concentre dans la délinquance.

Comme Henri, la plupart des voleurs qui peuplent nos prisons ont d'abord été des enfants et des adolescents qui ne réussissaient pas à mobiliser leurs forces pour se soumettre à une quelconque discipline. Ils subissaient de ce fait la censure de leurs contemporains. Ils auraient voulu peut-être se corriger pour y échapper, mais ils en étaient incapables. Ils en arrivent à accepter et leur inconduite et les reproches qui l'accompagnent comme une fatalité. C'est là, vraisemblablement, la source de ce « désespoir chronique » et de cette « illusion de la déchéance irréversible » que Mailloux (1971, p. 202) décelait chez les jeunes délinquants de Boscoville.

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