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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)13

le gourdin ; ni de croire que le délinquant est un malade qu'il suffirait de soigner. Prévention et répression : il faut tenir les deux bouts de la chaîne, en se méfiant de tout préjugé.

Comme Tocqueville, auquel il a dû souvent réfléchir, il est destructeur d'illusions. Patient assembleur et bâtisseur de faits, il est rebelle à tout esprit de système. Il se fait l'accusateur des idéologies ; le procureur des idées fausses.

Dans Le système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France Tocqueville écrivait : « Il y a, en Amérique comme en Europe, des hommes estimables dont l'esprit se nourrit de rêveries philosophiques et dont l'extrême sensibilité a besoin d'illusions. Ces hommes, pour lesquels la philanthropie est devenue un besoin, trouvent dans le système pénitentiaire un aliment à cette passion généreuse : prenant leur point de départ dans les abstractions qui s'écartent plus ou moins de la réalité, ils considèrent l'homme, quelque avancé qu'il soit dans le crime, comme susceptible d'être toujours ramené à la vertu (...). Et, poursuivant les conséquences de cette opinion, ils entrevoient une époque où, tous les criminels étant radicalement réformés, les prisons se videront entièrement et la justice n'aura plus de crimes à punir. » 1

Le sentiment philanthropique est noble et généreux ; et il arrive à Tocqueville de faire l'éloge de l'un ou de l'autre de ces philanthropes américains, qui sacrifient temps et fortune à une idée généreuse. Mais la politique philanthropique dévoie, et finit par pervertir, ce sentiment ; car elle repose sur une idée fausse de la nature humaine, et plus particulièrement du criminel.

Dans un livre précédent, Délinquants, pourquoi ?, Maurice Cusson avait posé les bases de la nouvelle réflexion qu'il se proposait de mener sur la criminalité et, plus particulièrement, sur la délinquance adolescente. Son analyse, aujourd'hui, prend un tour plus général et plus systématique ; mais sans jamais céder à l'esprit de système, ni tomber dans la généralisation abusive. Cet ouvrage abstrait est nourri de chiffres ; l'auteur se garde pourtant bien d'en induire aucune

1 1re édition, Paris, 1833, p. 139.

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