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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)131

reprise en main. Souvent par la méthode forte, ils essaient de mettre au pas le jeune récalcitrant. Si la situation s'est vraiment dégradée, les mesures pour remettre l'enfant sur le droit chemin resteront sans effet. Elles risqueront même de provoquer une rupture dans une relation qui était déjà compromise par l'indifférence des parents 31.

La stigmatisation

Vient un moment dans l'escalade où le délinquant découvre tout un monde ligué contre lui : ses victimes, ses maîtres, ses camarades, les voisins, les policiers, quelquefois ses parents. Les uns et les autres veulent le corriger par les sanctions morales habituelles : blâmes, réprimandes... Mais nous assistons ici à un phénomène paradoxal. Au-delà d'un certain seuil, quand elles deviennent trop fréquentes et trop virulentes, les sanctions morales prennent une coloration nouvelle et risquent de produire le contraire de l'effet désiré. Le blâme dégénère en insulte et les remontrances deviennent chargées d'hostilité. Perdant tout espoir d'amender le coupable, on le discrédite. Car les réactions morales se déploient souvent en deux temps. Dans une première étape, les pressions visent à persuader le fautif de changer de conduite. Le second temps intervient à la suite de l'échec avéré de mesures initiales. Abandonnant les tentatives pour corriger, on rompt avec le récalcitrant, on le définit comme irrécupérable et on le rejette 32.

Cette réaction en deux étapes a été récemment mise en relief lors d'une recherche sur les réactions de l'entourage immédiat du délinquant à une condamnation pénale. Voici comment des parents en sont venus à rejeter leurs fils respectifs.

31 L'idée que la délinquance soit causée par un manque d'amour est fort contestable. LEMAY (1973) et MUCCHIELLI (1974) soulignent qu'il est rare que, pendant leur enfance, les délinquants soit gravement privés d'amour. Si, au moment de l'adolescence, on constate que les relations parents-enfants sont détériorées, c'est vraisemblablement causé d'abord par l'indifférence des parents et, ensuite, par la hargne que suscitent ces tentatives de reprise en main. Les mauvaises relations me semblent plus un effet qu'une cause de la délinquance.

32 J'ai développé plus longuement cette idée ailleurs. Voir : CUSSON (1974 B).

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