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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)133

l'ostracise, on fait le vide autour de lui. Mis au ban de la société, devenu un paria, il est désigné à l'hostilité de tous.

La stigmatisation est une mesure de contrôle social à la fois neutralisante et intimidante. Elle permet la neutralisation des délinquants parce que, dès lors qu'ils sont définis comme tels, ils feront l'objet d'une surveillance méfiante et ils seront exclus de partout, ce qui leur fermera un grand nombre d'opportunités criminelles (mais aussi légitimes). La crainte de la stigmatisation peut aussi avoir un effet dissuasif : on évite de passer à l'acte pour éviter d'être l'objet du mépris et de l'hostilité de son milieu.

L'amplification de la délinquance

À Montréal, nous avions demandé à des écoliers du secondaire : « Arrive-t-il à vos parents de vous punir... en vous tapant et en vous frappant ?... en vous isolant du reste de la famille ?... en ne vous permettant pas de faire des choses que vous voulez faire ?... etc. » Deux types de punitions étaient, beaucoup plus que les autres, en corrélation positive avec le nombre de délits avoués. C'était : 1. Punir « en vous chicanant et en vous blâmant tout le temps », et 2. « En vous insultant »(Biron et Cusson, 1979, p. 46 et 55). Il semblerait que ces punitions purement verbales, mais dévalorisantes et humiliantes, contribuent, si elles sont trop fréquentes, à accentuer la tendance des sujets à commettre des délits.

En France, des chercheurs de Vaucresson ont fait une observation qui nous apporte une indication supplémentaire. Étudiant l'intégration sociale d'une population de 2 543 mineurs de justice, ils trouvaient un rapport étonnamment étroit entre la réputation pendant la jeunesse et la réadaptation ultérieure des sujets. Quinze ans après une intervention judiciaire, les sujets qui, pendant leur enfance et leur adolescence, avaient une mauvaise réputation, étaient fort nombreux à être non réadaptés (Breuvart et al., 1974, p. 143).

Il est très probable que ces jeunes avaient une mauvaise réputation parce qu'au départ ils se conduisaient mal, comme il est très probable que les écoliers de Montréal étaient fréquemment blâmés et insultés

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