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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)135

L'identité négative

L'accumulation des blâmes et des punitions, culminant dans la stigmatisation, affecte inévitablement l'image que le délinquant se fait de lui-même. C'est là, pour une bonne part, l'explication de l'effet amplificateur de l'étiquetage et de l'exclusion. Effectivement, de nombreuses recherches nous ont appris que les délinquants ont tendance à se dévaloriser ; ils ont une image négative d'eux-mêmes et se résignent à leur déchéance morale. Mailloux (1971) a bien décrit la manière dont le délinquant récidiviste se perçoit. Il se considère comme une brebis galeuse dont « l'inclination au mal dérive de sa nature irrémédiablement perverse » (p. 193).

« Conscient de ses nombreux méfaits, il se perçoit comme l'incarnation même de la malfaisance ou, si l'on veut, comme malfaiteur par nature. Entretenue par tous ceux qui n'ont cessé de voir en lui, par anticipation, la brebis galeuse qui devait se révéler un jour, cette illusion l'amène à considérer son inconduite comme un trait inné, nullement susceptible de redressement » (Mailloux, 1971, p. 147).

Ceci ne veut pas nécessairement dire que les délinquants ne s'acceptent pas ; ils s'acceptent en tant que malfaiteurs. Ils en arrivent à valoriser ce qu'ils font. L'opération n'est pas psychologiquement invraisemblable : on peut trouver de bonnes raisons d'être fier d'une activité intrépide que bien d'autres ne font pas que parce qu'ils n'en ont pas le courage. « Je réalise ce que vous tous rêvez de faire », disait un jeune criminel à Michel Lemay (1973, p. 510). Parlant de la sensation de « mauvais triomphe » qui l'envahissait quand il se livrait à ses exploits, Chessman (1954, p. 78) disait de lui-même : « Il n'avait pas réussi à être bon, à devenir un membre honorable de la société, mais, du moins, il ne passait plus inaperçu. »

Jean Genet (1949) lui aussi tentait de s'accepter comme voleur : « En moi-même je sentais le besoin de devenir ce qu'on m'avait accusé d'être. Je me reconnaissais le lâche, le traître, le voleur, le pédé qu'on voyait en moi » (p. 186). Genet s'efforçait de s'enorgueillir de sa culpabilité. « Je n'eus besoin que de me glorifier

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