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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)143

L'intériorisation

L'intériorisation de la règle est un trait caractéristique de la morale. On entend par là une propension stable à agir en conformité avec une norme, ceci indépendamment des avantages et des inconvénients qui pourraient découler de cette conduite.

Il existe des situations où il serait facile et profitable de voler tout en étant assuré d'une totale impunité. Imaginons que, sur une route déserte, on trouve un porte-monnaie bourré d'argent et contenant les pièces d'identité de son propriétaire. Le profit est évident, le risque nul. Pourtant, il s'en trouvera plus d'un qui iront porter l'objet à son propriétaire. Une telle conduite ne peut s'expliquer par les résultats escomptés ; au contraire, on se prive d'un gain malgré la certitude d'échapper à la punition. Il faut donc admettre qu'il existe des comportements et des inhibitions qui persistent indépendamment de ce que les behavioristes appellent des renforcements externes (Aronfreed, 1968, p. 34). On peut donc penser qu'ils obéissent à des forces qui se trouvent à l'intérieur de l'individu.

Un indice de ce processus a été rapporté au chapitre 6. La tendance à blâmer divers délits est associée à un faible niveau d'activité délinquante ; ceci signifie que l'adhésion à la norme, mesurable par la réprobation de ce qu'elle interdit, détermine un comportement normatif. Nous sommes en droit de parler ici d'intériorisation : des attitudes mentales exercent une influence sur l'inhibition de certains actes. On peut donc se rallier au sens commun et reconnaître que l'esprit humain possède une fonction - la conscience - qui nous permet de faire la distinction entre le bien et le mal et qui nous pousse à agir en conséquence.

L'intériorisation des règles morales peut aussi être inférée du fait qu'une transgression est souvent suivie d'abord de sentiments de culpabilité et, ensuite, d'actes qui visent à réparer la faute. Il suffit d'un peu d'introspection pour admettre l'existence du repentir et des remords, ces sentiments désagréables faits d'un mélange d'anxiété diffuse, de regrets, de honte, de désir d'expier et de se faire pardonner.

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