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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)145

envie de faire ? Quel intérêt peut-on avoir à sacrifier ses intérêts ? Il semble que la morale agisse en faisant jouer deux types fort différents de motivation : l'angoisse du tabou et le sens de l'honneur.

Devant le brigandage, le viol, le meurtre, les gens qui ont de fortes inhibitions morales réagissent avec horreur. Ils éprouvent des sentiments de dégoût et de terreur sacrée qui caractérisent les conduites taboues dans les sociétés archaïques. Il n'est donc probablement pas exagéré de penser que la morale doive une partie de son efficacité au tabou dont elle frappe certains actes. Le psychologue anglais Trasler (1979, p. 317) fait remarquer que les contrôles intériorisés font en sorte que les conduites inhibées sont si profondément réprimées que l'idée de violer la règle n'effleure même pas l'esprit des gens. La transgression est devenue littéralement impensable dans des circonstances normales. La prohibition s'impose avec une telle évidence que les actes visés sont exclus du champ de conscience. Qui, par exemple, songe seulement à faire un hold-up quand il passe devant une banque ? Qui envisage de violer la femme à qui il fait la cour sans succès ? Les inhibitions morales poussent aussi les gens à éviter les situations où ils seraient tentés de commettre un acte répréhensible. C'est ainsi qu'il y a des hommes prompts qui évitent soigneusement d'indisposer les gens et qui s'interdisent de répliquer aux propos désobligeants. De cette façon, ils ne se trouvent jamais dans des situations où ils auraient à recourir aux coups.

Le fait que la morale dont il est ici question soit sous le signe du tabou met en relief le caractère archaïque de ce mécanisme de régulation sociale. Nous nous trouvons devant un système de prohibitions qui s'imposent dans l'absolu et qui ne font pas appel à la raison. Ce type de contrôle intervient très tôt dans la vie d'un enfant et, vraisemblablement, dans l'histoire de l'humanité. C'est du moins ce que pensait Piaget selon qui, dans la morale de la contrainte, la règle « est considérée comme sacrée et produit dans l'esprit de l'enfant des sentiments analogues à ceux qui caractérisent le conformisme obligatoire dans les sociétés inférieures » (1932, p. 292). Il n'y a pas à se surprendre dans ce cas que la règle morale soit perçue comme immuable par ceux qui l'ont intériorisée. Elle leur semble donnée une fois pour toutes et il n'est pas question de la contester ou de la changer

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