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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)147

valeur qu'il attribue à sa propre personne. Quiconque croit que le vol est blâmable ne peut voler sans miner la bonne opinion qu'il a de lui-même. Si autrui vole, il ne mérite pas que je le respecte ; si je vole, je ne mérite pas mon propre respect. Les gens sont prêts à sacrifier leur intérêt immédiat pour avoir la satisfaction de se prouver à eux-mêmes qu'ils sont des hommes de bien. C'est ainsi qu'ils construisent et protègent l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes et dont ils ont besoin pour s'accepter. Voilà pourquoi ceux qui ne réussissent pas à ajuster leur conduite à leurs principes éprouvent de sérieuses difficultés à s'accepter et, au pire, ils devront renoncer à leur amour-propre.

On ne voit pas comment le sentiment de l'honneur pourrait exercer une influence réelle ailleurs que dans des groupes où s'est développée une hiérarchie fondée sur le statut moral, c'est-à-dire dans des milieux où le degré d'estime dont on jouit dépend de la conformité aux règles morales. Dans de tels groupes, les transgressions affectent le statut moral de son auteur. Le blâme apparaît ici comme un signal par lequel on avertit le transgresseur que l'image qu'on se fait de lui risque d'être révisée à la baisse. Le désir d'être honorablement connu dans son milieu s'accompagne donc tout naturellement de la crainte d'abord de déchoir et ensuite d'être ostracisé.

On peut donc conclure que le sens de l'honneur peut inciter les gens à respecter la loi. A ce titre, le contrôle moral du crime consiste à persuader les citoyens qu'il s'agit là d'un acte dégradant et qu'ils se déshonoreraient à s'y livrer. On introduit, par le fait même, une motivation spécifique à résister aux tentations. Comme le soulignait Ossowska (1970, p. 134), définir le crime comme un acte déshonorant est un moyen de le limiter en faisant appel au sens de l'honneur des hommes.

Il arrive que cet appel ne soit pas lancé ou ne soit pas entendu. C'est le cas de la plupart des criminels. A leurs yeux, le crime est non un acte infamant, mais une solution parmi d'autres. Mais ils risquent de payer très cher l'avantage qu'ils s'octroient ainsi, car ils doivent abdiquer leur dignité et leur réputation. Les profits que l'on tire du crime ne vont pas sans coût sur le plan moral. C'est une des raisons - peut-être la plus importante de toutes - pour laquelle, malgré les occasions, la plupart des gens évitent de s'engager dans cette voie et,

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