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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)15

au point qu'on avait oublié d'entendre ce qu'ils avaient à dire sur leurs actes. Le lecteur voit ainsi que le délinquant redoute l'opinion de ses proches ; qu'il avoue mettre en balance le profit et le risque avant de commettre un délit ; et qu'enfin, loin d'être « illégaliste », il confesse le plus souvent le caractère injuste du crime et reconnaît la nécessité du châtiment.

Ni le contrôle social, ni la dissuasion pénale ne sont donc inefficaces ; simplement, il leur arrive d'être insuffisants. La peine n'est pas sans effet sur le délinquant ; elle a seulement tendance - du fait de l'inflation de la criminalité et de l'amenuisement de la réaction judiciaire - à paraître moins redoutable, en regard d'un profit substantiel et immédiat. Quant au sentiment de la justice, il est si bien ancré en chacun de nous que le criminel lui-même s'efforce de justifier ses actes pour alléger sa culpabilité.

Voilà bien des conclusions de bon sens ? Ce n'est pas si simple. En déployant des trésors d'érudition et une grande finesse de raisonnement, mais sans se départir d'une parfaite clarté, Maurice Cusson s'applique à réduire toutes les objections, à débusquer tous les effets pervers qui viendraient annuler les expériences. Ni bataille de statistiques, ni affrontement de spécialistes : la guerre des chiffres n'aura pas lieu. L'objectivité et la rigueur de l'ouvrage en sont la garantie.

Pas à pas, du contrôle social au respect de la loi, Maurice Cusson reconstruit un édifice social si largement révoqué en doute à la fin des années soixante. Méthodiquement, à l'image de Durkheim - qu'il n’invoque pas en vain -, il nous conduit de la criminologie à la sociologie. Il nous interroge nous-mêmes sur notre sens moral, sur notre adhésion à l'ordre social, sur notre recul devant l'illégalité. La connaissance du bien et du mal, la peur des sanctions et la croyance rationnelle dans les bienfaits de la loi empêchent les candidats au délit et au crime de passer à l'acte. Nous avions cru qu'il était possible de se dispenser de la morale, de se priver de la punition et d'assouplir la loi, puisque la criminalité persistait malgré elles. Nous avions tort. Ne faut-il pas au contraire admirer que le crime puisse être relativement rare et que résister à la tentation soit la règle ; y céder, l'exception ?

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