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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)150

sanction pénale sert d'abord et avant tout à « maintenir intacte la cohésion sociale en maintenant toute sa vitalité à la conscience commune. Niée aussi catégoriquement, celle-ci perdrait nécessairement son énergie si une réaction émotionnelle de la communauté ne venait compenser cette perte, et il en résulterait un relâchement de la solidarité sociale » (Durkheim, 1893, p. 76). La peine exprime donc l'aversion unanime que le crime continue d'inspirer et, par là, préserve les sentiments collectifs ébranlés par l'infraction. Dans cette perspective, le procès pénal est une cérémonie au cours de laquelle les représentants de la collectivité expriment leur indignation devant le crime et le châtiment, une manifestation tangible que la société continue à réprouver l'acte commis 35.

Cette vision des choses n'est pas encore entrée dans le cimetière des idées. En 1976, la Commission de réforme du droit du Canada proposait que la défense des valeurs sociales devienne le but principal du droit pénal. « Le procès ne concerne pas seulement l'accusé à la barre ni même les délinquants en puissance. Au contraire, c'est une manifestation publique qui a pour but de dénoncer le crime et de réaffirmer les valeurs que le délinquant a transgressées » (p. 24).

Récemment, Alain Peyrefitte se faisait l'ardent défenseur de la thèse de la fonction morale du système pénal. Il attribue à la peine le rôle de restaurer le lien social rompu par le crime en exorcisant les fantasmes du mal qui s'infiltrent dans l'esprit des citoyens à chaque fois que la loi est violée.

« Par le châtiment, la société rétablit la confiance des citoyens et supprime le doute perturbateur que le crime avait semé. La frontière entre le bien et le mal, entre le juste et l'injuste est de nouveau tracée. Le crime ne peut pas être vraiment vaincu, puisqu'il recommence sans cesse. Mais il peut être exorcisé » (Peyrefitte, 1981, p. 324).

35 En Angleterre, l'idée avait été vigoureusement défendue par STEPHEN (1863, p. 99) : « Some men probably, abstain from murder because they fear that if they committed murder they would be hung. Hundreds of thousands abstain from it because they regard it with horror. One great reason why they regard it with horror is that murderers are hung with the hearty approbation of all reasonable men ».

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