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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)151

L'ancien garde des Sceaux rappelle que la règle n'a d'existence que par la peine. « C'est la sanction qui fait l'obligation » (p. 332). Comme la société ne peut exister sans un système de règles qui la constituent, la peine est liée à la survie même de la société : « La cité punit pour demeurer cité. Elle punit pour survivre. Elle punit pour garder le droit de poser à la liberté des règles, des bornes, des protections. Elle punit pour définir ce qui est licite et ce qui ne l'est pas » (p. 296).

Un effet direct douteux

L'idée est séduisante, mais elle présente l'inconvénient, d'un point de vue scientifique, d'être quasiment invérifiable. Il est très difficile de trouver des faits susceptibles de la confirmer ou de l'infirmer. Il est quand même permis d'être sceptique. Est-il vraisemblable que le châtiment des criminels puisse avoir une influence directe importante sur les convictions morales du public ?

Il est certain, nous l'avons vu plus haut, que les convictions morales retiennent efficacement les gens de commettre des délits et que la crainte d'être blâmé par ses parents ou par ses concitoyens contribue substantiellement au contrôle social du crime. Mais un homme est sensible au blâme de ses proches parce qu'il tient à conserver la bonne opinion que ceux-ci ont de lui ou encore parce qu'il valorise le respect de personnes que lui-même respecte et aime. Est-ce que les juges ont une autorité morale telle que le seul fait de savoir qu'ils châtient les voleurs nous convaincra du caractère mauvais du vol ? C'est beaucoup demander à des fonctionnaires, aussi prestigieux soient-ils, que d'espérer leur faire exercer une influence réelle sur les idées du bien et du mal de la nation.

Le vol et la violence soulèvent l'indignation parce qu'au cours de notre éducation morale on nous a appris à réagir ainsi, parce que nous nous laissons influencer par les convictions de nos pairs et parce que nous sympathisons avec les victimes. Est-il vraisemblable que ce soit aussi parce que nous savons que les voleurs et les meurtriers vont en prison ? Assez peu. On peut donc se rallier à l'opinion d'Andenaes (1974, pp. 122-124) et de Walker (1980, p. 33) qui pensent que l'influence directe du système pénal sur les attitudes morales du public

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