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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)153

scrupule. C'est pourquoi le spectacle de fautes commises ouvertement et impunément peut affaiblir les croyances morales du commun des mortels. Si tout le monde vole, certains se diront : pourquoi pas moi ? La culpabilité qui est souvent la honte d'agir moins bien que les autres, n'a plus de sens si les autres agissent mal. On n'a plus de réputation à préserver dans la société des gens malhonnêtes ; on risque même d'être ridiculisé pour ses scrupules.

Le sentiment d'injustice. - Le spectacle de crimes impunis donne, en outre, à l'honnête homme, l'impression d'être trompé. Il accepte de se lier les mains et de respecter les biens et la personne d'autrui, alors que les autres s'octroient toute liberté. Pour ne pas être en reste, il peut alors être tenté de les imiter. Ainsi, il profitera des avantages que les autres se sont octroyés. En d'autres termes, les crimes impunis, surtout s'ils sont fréquents, rendent le respect de la loi de moins en moins rationnel, de moins en moins profitable. C'est comme au jeu : s'il est raisonnable d'en suivre les règles, ce l'est de moins en moins quand tous les adversaires se mettent à tricher.

Ainsi, l'exemple du crime mine la morale et les fondements rationnels du respect de la loi. Intervient alors la sanction pénale qui, par son éventuel effet dissuasif 36 et non par son influence morale, produit les résultats suivants. Elle réduit le nombre de crimes en intimidant les délinquants actuels et potentiels et limite par le fait même le nombre d'exemples qui pourraient avoir une action délétère sur la morale et le sens de la justice. Elle force les criminels non dissuadés à agir furtivement, ce qui réduit la visibilité de ces mauvais exemples. Elle pénalise les délinquants appréhendés, ce qui rend les mauvais exemples moins tentants et convainc le citoyen honnête qu'il n'est pas perdant à respecter les lois.

C'est vraisemblablement par le biais de la dissuasion que le système pénal agit sur la morale et sur la justice. Comme le souligne Andenaes, si les lois et leur application n'ont pas en elles-mêmes d'influence morale, elles contribuent, en intimidant les individus dépourvus d'inhibitions morales, à préserver celles des citoyens qui en

36 La question de l'effet dissuasif des peines sera traitée dans les quatre chapitres suivants.

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