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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)155

discrédités aux yeux de leurs parents. Ils sont soucieux de leur réputation. Ils craignent de perdre leur emploi. Voilà ce qu'ils craignent d'abord, non la peine qu'ils risqueraient d'encourir.

Les mesures pénales sont intimidantes en premier lieu parce qu'elles déchaînent une tempête de sanctions accessoires : opprobre, honte, congédiement, bannissement. Avant de craindre le bourreau, nous avons peur de la réaction de nos parents, de nos pairs, de nos employeurs. (Encore faut-il que les gens que nous fréquentons soient susceptibles de telles réactions : c'est le cas pour la majorité des citoyens, ce ne l'est plus pour les délinquants avérés qui fréquentent leurs semblables.) Les sanctions informelles, qui sont souvent d'ordre moral, donnent un poids considérable au système pénal, décuplant son effet dissuasif.

Il faut ajouter à ceci que, réciproquement, l'intervention pénale rend souvent possible l'exercice de la réprobation sociale. L'arrestation et la condamnation du criminel agissent en quelque sorte comme un révélateur moral. Ils font du crime élucidé une affaire publique, ce qui peut alors déclencher un mouvement de réprobation chez les proches du coupable. Dans une grande ville, les malfaiteurs pourraient facilement échapper à la censure de leur milieu si l'action policière et judiciaire ne donnait une certaine notoriété à leurs forfaits (Andenaes, 1974, p. 50).

Ainsi, s'il n'y avait pas de système pénal, il serait plus facile, dans les sociétés modernes, d'échapper aux sanctions morales et s'il n'y avait pas de sanctions informelles - tout particulière ment d'ordre moral - le système pénal perdrait une bonne partie de sa puissance dissuasive.

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