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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)161

dernières sont essentiellement des formes de blâme. On a vu, par exemple, que les diverses mesures de sanctions informelles utilisées par Tittle se caractérisent par la désapprobation et la crainte de perdre l'estime d'autrui. Il s'agit donc de sanctions morales : elles reposent, non sur la peur d'une force supérieure, mais sur la crainte de perdre l'estime de gens dont l'opinion nous importe. Ainsi, ces auteurs ont une tendance à assimiler morale et dissuasion. Cette assimilation me semble injustifiée, tout simplement parce qu'il existe d'importantes différences entre le domaine de la morale et celui de la force dans lequel s'exerce la dissuasion.

Les blâmes ne sont efficaces que parce que nous tenons à l'estime d'autrui, alors que les mesures pénales dissuasives tirent leur efficacité de la crainte de l'intervention coercitive de l'État dans notre vie. Éviter de voler parce qu'on ne veut pas se déshonorer aux yeux des gens qu'on aime, ce n'est pas du tout la même chose que s'abstenir du même geste pour échapper à la prison.

L'effet intimidant des peines peut être considéré comme un phénomène d'ordre stratégique, non moral. Celui qui se soumet à la loi par crainte du châtiment agit par intérêt, non par devoir ; il veut éviter une souffrance, non préserver sa réputation ou son image de soi. Par la menace pénale, on tente d'obliger les gens à modifier leurs stratégies : on leur signifie qu'il est dans leur intérêt de trouver des moyens non prohibés pour résoudre leurs problèmes. D'autre part, par les pressions morales, on s'efforce de convaincre les gens que certains actes sont répréhensibles.

La dissuasion repose sur la coercition ; pour l'utiliser, il suffit de disposer d'une force supérieure. La sanction morale table sur la persuasion ; elle suppose, pour être efficace, que celui à qui on s'adresse soit sensible à l'opinion d'autrui : on n'accepte pas les reproches qui viennent de personnes que l'on méprise ou déteste.

L'intériorisation de la règle, dimension essentielle de la conduite morale, n'existe pas dans le domaine des comportements qui sont sous l'empire de la dissuasion. Alors que, dans un cas, il est fréquent que l'on agisse bien en l'absence de toute sanction, dans l'autre, on ne se conduit selon la règle que si l'on croit que la peine est encore

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