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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)169

Deuxièmement, plus un délinquant a été puni dans le passé, plus sa probabilité de récidive est forte. Nous avons vu, au chapitre 2, que plus un délinquant a été souvent condamné par le passé, plus il risque de recommencer. Nous verrons, de même, que plus un délinquant a été sévèrement puni, plus il aura de chances de récidiver.

Si on prenait ces faits au pied de la lettre, on serait tenté de conclure que les peines, bien loin d'intimider les délinquants, les poussent à s'engager plus avant dans le crime. C'est précisément ce que pensent plusieurs spécialistes.

Le choix des peines, la sélection des délinquants

et la récidive

Plus les criminels sont punis sévèrement et fréquemment, plus ils récidivent. Cela est indiscutable. Mais la conclusion qu'on en tire, à savoir que les peines n'ont pas l'effet désiré, l'est beaucoup moins. Une interprétation très différente peut être proposée : plus un homme est puni, plus, au départ, il avait une forte propension au crime ; la récidive qui en résulte ne serait donc pas due aux peines, mais aux caractéristiques initiales de celui qui les subit. Cette interprétation est-elle défendable ? Il me semble que oui. Mais, pour l'étayer, il me faudra faire des développements un peu longs. Ceux-ci m'apparaissent néanmoins nécessaires, d'autant plus qu'ils nous feront faire quelques découvertes intéressantes.

Les chercheurs qui tentent d'évaluer l'efficacité des mesures pénales se heurtent très souvent à une difficulté méthodologique fondamentale : les groupes de délinquants dont ils veulent comparer la récidive ne sont pas totalement comparables, tout simplement parce que les juges ne distribuent naturellement pas au hasard les peines, mais tentent de les adapter aux caractéristiques des coupables. On parle à ce propos de sélection des cas. les « bons risques », c'est-à-dire ceux qui ont une faible probabilité de récidiver, sont sur-représentés chez, par exemple, les délinquants qu'on met à l'amende, alors qu'ils sont sous-représentés chez ceux qu'on envoie en prison. Alors comment comparer l'efficacité de ces deux peines ? Wilkins (1969) posait le problème en ces termes : « Évidemment, le résultat de

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