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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)170

toute intervention est en partie déterminé par la nature de l'input. Les différents résultats obtenus par différents types de traitements peuvent s'expliquer par des variations dans les catégories de délinquants sélectionnés par les décisions judiciaires » (p. 85). Le phénomène est bien connu, il est cependant beaucoup plus important qu'on ne se l'imagine habituellement. Examinons quelques exemples où on voit jouer l'effet de sélection.

Quand on compare les taux de récidive des jeunes délinquants mis en probation avec la récidive de ceux qu'on place en internat, on aboutit régulièrement au même résultat : la probation est suivie d'une récidive nettement plus basse que l'internat. En France, par exemple, on trouve 27% de non-réadaptés en liberté surveillée contre 38% en internat (Breuvart et al., 1974, p. 172). Est-ce à dire que la liberté surveillée est une mesure plus efficace que l'internat ? Il n'en est rien parce que ceux qu'on place en internat sont, et de loin, beaucoup plus handicapés que leurs camarades. En effet, Breuvart et al. (1974, p. 174) purent démontrer que les adolescents placés en internat venaient, beaucoup plus souvent que leurs camarades mis en probation, de familles marquées par la dissociation, par l'absence durable du père, par l'alcoolisme et par la criminalité d'un ou des deux parents. De plus, ils étaient, proportionnellement plus que leurs camarades, en chômage, affectés de retards scolaires, de débilité mentale et instables au travail. Les sujets en internat étaient à ce point handicapés par rapport à l'autre groupe, que les taux d'échecs observés pourraient tourner à l'avantage de l'internat : avec une clientèle à risques beaucoup plus élevés, cette mesure obtient des résultats un peu plus mauvais que la liberté surveillée.

Ces résultats n'ont rien de surprenant quand on connaît la manière dont les juges prennent leurs décisions. Ils placent en probation ceux qui, croient-ils, ne font pas courir un risque trop grand à la société et en internat, ceux qui, estiment-ils, ont de bonnes chances de commettre de nouveaux méfaits.

Un phénomène semblable se produit quand nous comparons la liberté surveillée et l'admonestation. Cette dernière est une exhortation assortie d'avertissement adressée par le juge à un jeune trouvé coupable d'un délit. En France, 18% des adolescents admonestés

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