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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)173

La seconde observation susceptible de disqualifier la thèse de la dissuasion spécifique est, nous l'avons vu, que plus un homme a été fréquemment puni, plus il est probable qu'il récidive. De ce fait indiscutable on a tiré la conclusion que les peines sont non seulement inefficaces, elles ont, en outre, un effet amplificateur de la délinquance. Ici encore la question est de savoir quelle est la cause véritable. La récidive est-elle amplifiée par le nombre de punitions ou, et c'est très différent, vient-elle du fait que les individus fréquemment punis ont plus tendance que d'autres à commettre des crimes ? En d'autres termes, le rapport entre la fréquence des peines et la récidive nous donne-t-il une information sur les peines ou sur les délinquants ? Pour soutenir l'idée que l'association entre le nombre des peines et la récidive est due à un éventuel effet amplificateur des peines, il faut accepter que, au départ, les peines frappent des individus ayant un égal penchant au crime. Il faut donc admettre que le système frappe au hasard puisque celui qu'on punit dix fois n'est pas plus délinquant que celui qui n'a été puni qu'une fois. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, la thèse serait défendable : si, parmi un certain nombre d'individus semblables, il s'en trouve qui, par malchance, ont été plus souvent punis que les autres et qui, par suite, récidivent plus, on peut être justifié de l'attribuer à la peine.

Or, cette présupposition est manifestement fausse. Le système pénal ne frappe pas au hasard. Il a été maintes fois démontré que les adolescents qui ont été jugés et condamnés ont commis, de leur propre aveu, beaucoup plus de délits que des adolescents qui n'ont pas été arrêtés et que, plus un adolescent entre profondément dans le système (s'il est, par exemple, envoyé en institution), plus la liste de ses délits antérieurs avoués est impressionnante 41.

D'autre part, nous avons vu au chapitre 2 que la récidive est associée à la fréquence de la délinquance révélée antérieure et pas seulement au nombre de condamnations. On peut donc dire que la délinquance mesurée indépendamment de l'intervention pénale est associée à la récidive ultérieure.

41 J'ai résumé ces travaux dans Délinquants, pourquoi ?

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