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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)177

répond au critère, il sera mis dans la même catégorie que ceux qui en ont commis deux, cinq ou dix et il sera classé « récidiviste ». Cette mesure qui définit le succès ou l'échec en termes de tout ou rien prête flanc à la critique. Elle repose sur l'idée largement illusoire qu'une intervention pénale peut changer totalement et définitivement les délinquants. Elle correspond assez bien aux conceptions courantes de la réhabilitation définie comme l'abandon intégral de toute activité délictueuse. Or, il suffit d'y réfléchir tant soit peu pour se rendre compte que c'est là un objectif trop ambitieux. Comment croire qu'un adolescent qui est profondément engagé dans le crime depuis longtemps, qui vit dans un milieu où l'illégalisme est un mode de vie courant et devant qui ne s'ouvrent que très peu d'opportunités légitimes, pourrait abandonner complètement toute pratique délinquante ? On peut très bien imaginer, par contre, qu'à la suite d'une mesure pénale adéquate, il s'améliore, c'est-à-dire qu'il commette moins de crimes qu'il n'en commettait auparavant.

Ces raisons ont poussé un petit nombre de chercheurs, (Empey et Lubeck, 1971 ; Empey et Erickson, 1972, et Murray et Cox, 1979) à mettre au point une nouvelle mesure de la récidive qui est faite d'un rapport entre le nombre de délits commis avant l'intervention et le nombre de délits commis après. Cette manière de calculer a l'énorme avantage d'appréhender des changements qui auraient été imperceptibles par les taux de récidive habituels. Par exemple, Murray et Cox (1979, pp. 38-39) ont constaté qu'un groupe de délinquants chroniques avait un nombre moyen d'arrestation de 6,3 pendant l'année qui précédait leur placement en institution alors que, pendant l'année qui suivit le séjour en institution, la moyenne était tombée à 2,9. Or, dans ce groupe, le taux de récidive, mesuré selon les critères habituels, était de 82,3%. Ceci aurait pu faire conclure à l'échec total du placement en institution ; en réalité, il y eut une nette amélioration en termes de nombre de délits commis et celle-ci serait passée inaperçue si la simple récidive avait été le critère habituel.

Que nous apprennent les recherches qui utilisent les mesures avant-après ? Ceci : l'activité délinquante baisse considérablement après un séjour dans une institution, dans un programme résidentiel ou après une intervention comportant un encadrement strict. Le nombre de délits commis après une intervention contraignante est beaucoup

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