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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)183

les sanctions exceptionnelles.

L'influence du degré de contrainte sur la récidive peut s'expliquer par deux mécanismes : l'intimidation et l'arrêt de la délinquance.

L'intimidation. - Il semble exister un seuil à partir duquel une sentence devient intimidante. Pour les délinquants chroniques étudiés par Murray et Cox, ce seuil se situait au-delà de la probation (c'est d'ailleurs le titre de leur livre). Pour ces multirécidivistes, l'arrestation, le procès, la probation n'avaient plus aucun effet dissuasif. Pour ralentir leur production délictueuse, il fallait une action plus draconienne. Ce phénomène peut être mis en relation avec une observation faite en Angleterre par West et Farrington (1973, p. 15). Notant les réactions des délinquants à la suite d'une comparution devant le tribunal de la jeunesse, ces auteurs rapportent que bien des garçons « considéraient avoir échappé à la peine s'ils subissaient tout autre chose qu'une sentence d'incarcération » 48. Le délinquant récidiviste qui est mis en probation pense qu'il s'en tire à bon compte. Il est prêt à payer les avantages qu'il tire de ses délits par ce léger inconvénient qui consiste à supporter une fois par mois les sermons de son agent.

Il est très probable que le « seuil pénal » varie selon les individus et, surtout, selon les expériences passées. La première arrestation laisse presque toujours des souvenirs désagréables, mais la dixième devient un incident mineur. Il semble donc exister un minimum nécessaire de peines mais, contrairement à ce que pensait Beccaria, il ne varie pas selon les délits, mais selon les individus.

L'arrêt de la délinquance. - Les psycho-éducateurs du Québec qui, depuis plus de vingt ans, oeuvrent à la rééducation des délinquants savent d'expérience que la première chose à faire quand on prend en charge un délinquant est d'« arrêter l'agir », c'est-à-dire de faire en sorte, par une minutieuse organisation de la vie quotidienne, par un encadrement serré et par une surveillance de tous les instants, que l'adolescent soit dans l'impossibilité de voler ou d'agresser. Aux yeux

48 « Any decision other than a custodial sentence was often regarded as being let off. »

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