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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)19

souligner son caractère exceptionnel. Aujourd'hui, en France, on risque vingt fois plus de mourir d'un accident d'automobile que d'être victime d'un homicide. Au Canada, moins de neuf habitants sur 10000 sont victimes d'un vol qualifié. Il faut se rendre à l'évidence : les gens respectent bien plus souvent la loi qu'ils ne la violent. Dans le cas des crimes graves, le fait est massif, totalement irréfutable. La criminalité serait infiniment plus forte si les gens cédaient à toutes les tentations qui se présentent sur leur chemin.

3. La criminalité varie énormément dans l'espace et dans le temps. Les Américains d'aujourd'hui assassinent neuf fois plus souvent leur prochain que les Français. Sauf à prétendre que les Français sont infiniment plus habiles à dissimuler leurs cadavres que les Américains, il faut reconnaître qu'on résiste mieux à la tentation de tuer en France qu'aux États-Unis. Et il semble qu'on y résiste mieux dans la France contemporaine que dans celle du XIXe siècle : les homicides y étaient alors deux fois et demie plus nombreux qu'aujourd'hui (Chesnais, 1981, pp. 71-76).

Nous sommes donc confrontés à un fait simple et facile à admettre : il arrive que le crime soit relativement rare. Si, par ailleurs, on accepte que les prescriptions du Code pénal peuvent brimer des pulsions aussi fortes que l'appât du gain, la volonté de puissance ou le désir sexuel, ce phénomène a de quoi surprendre. On peut légitimement s'étonner qu'il y ait tant de crimes, mais on peut tout aussi légitimement s'étonner qu'il y en ait si peu. Si la délinquance mérite d'être expliquée, le respect de la loi a droit, lui aussi, à une explication. La question est donc posée : Pourquoi les hommes respectent-ils la loi ? Plus précisément, le problème se pose en ces termes : Pourquoi arrive-t-il aux êtres humains de sacrifier leurs désirs à la règle ?

La résistance aux tentations pourrait s'expliquer par l'hypothèse selon laquelle l'être humain possède des inhibitions innées qui l'empêcheraient de tuer ou de voler. Mais cela semble peu vraisemblable. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer n'importe quel jeune enfant en compagnie de ses camarades. Il s'empare de leurs jouets et, si une querelle éclate, il frappe avec toute la force qu'il peut déployer. Seuls sa faiblesse, sa maladresse et le manque d'armes

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