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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)201

Plusieurs recherches ont porté sur la perception des risques ou, pour reprendre l'expression plus juste de Coslin (1976), sur l'estimation des risques de l'arrestation. Celle-ci peut être mesurée par une question comme : « Imaginez que vous prenez une automobile qui ne vous appartient pas, quelles sont vos chances d'être arrêtés et amenés au poste de police ? » À Montréal, où nous avons posé de telles questions, nous avons obtenu une faible corrélation négative entre l'estimation du risque et la délinquance révélée (Biron et Cusson, 1979, p 76). Cette constatation ne fait que confirmer ce qu'on savait déjà. Claster, en 1967, Jensen, en 1969, Waldo et Chiricos, en 1972 avaient déjà fait des observations du même ordre. En Angleterre, Belson (1975, pp. 140-141) avait constaté que les garçons qui pensent qu'ils ne se feront prendre ni par la police ni par qui que ce soit font plus de vols et pendant plus longtemps que les autres. En France, Coslin (1976) ajoute une précision intéressante. Il montre que les estimations des risques des délinquants sont moins élevées que celles des non-délinquants (p. 148), mais l'acceptation du risque d'être pris par la police est semblable chez les délinquants et non-délinquants (p. 152) 54.

L'interprétation donnée à ces faits par Claster et Coslin est que les délinquants sont plus optimistes que les non-délinquants relativement aux chances d'échapper à l'appréhension. Ils se croiraient invulnérables. Nous verrons un peu plus loin que cette interprétation est discutable, mais ce qu'il importe immédiatement de souligner, c'est que ces comparaisons entre délinquants et non-délinquants ne nous disent pas grand-chose sur le processus de la dissuasion et en particulier sur le rapport entre la certitude objective des peines et l'activité criminelle. Car il est impossible, quoi qu'en prétendent certains, de s'appuyer sur ce fait pour conclure à l'existence de l'effet dissuasif de la peine. Quand la probabilité de l'arrestation augmente, il se commet moins de crime ; cela ne nous oblige pas à conclure que les estimations du risque des délinquants sont plus basses que celles

54 Coslin avait mesuré l'estimation des risques par une question qui revenait à ceci : Quand on vole dans un grand magasin, à votre avis, le risque de se faire prendre est-il peu, modéré ou très élevé ? Il avait mesuré l'acceptation du risque par la question : Quel risque accepteriez-vous de vous faire prendre ?

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