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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)206

quelle estimation ils font de leur probabilité d'être arrêtés s'ils commettent un seul délit, mais bien de connaître leur estimation des risques qu'ils courent d'être emprisonnés s'ils s'adonnent au crime. À cet égard, la question qu'il faudrait leur poser pourrait être formulée en ces termes : si vous continuez à voler régulièrement, croyez-vous que vous risquez d'aller en prison ? Si oui, dans combien de temps ?

L'estimation du risque cumulatif de l'incarcération est vraisemblablement affectée par l'histoire personnelle du délinquant ou, pour être plus précis, par ce qu'on pourrait appeler son histoire pénale. Celle-ci pourrait être évaluée en tenant compte du nombre et de la durée des incarcérations antérieures. Celui qui commet un bon nombre de délits en toute impunité découvrira que le danger d'être pris n'est pas aussi grand qu'il ne le croyait au départ. Logiquement, chaque crime non élucidé accroît la conviction des délinquants qu'ils peuvent s'en tirer a bon compte. Inversement, l'arrestation pousse à une révision à la hausse de l'estimation des risques. C'est ce que constatent Chiricos et al. (1977, p. 106) : l'estimation de la certitude des peines est plus élevée chez les jeunes qui ont été arrêtés, que chez ceux qui ne l'ont pas été. Par ailleurs, le phénomène de l'exemplarité restreinte pourrait bien jouer lui aussi. Un individu qui fréquente des délinquants qui ont été souvent incarcérés aura tendance à penser que les risques cumulatifs de l'incarcération sont élevés.

S'il est vrai que l'estimation du risque cumulatif d'incarcération est affectée par les expériences pénales antérieures, il y a tout lieu de croire que les jeunes délinquants feront une estimation plus optimiste de leurs risques cumulatifs d'incarcération (ou d'institutionnalisation) que les criminels adultes. En effet, premièrement, les risques objectifs de l'incarcération sont plus bas chez les adolescents que chez les adultes et, deuxièmement, l'histoire pénale des adolescents est plus courte. Ceci pourrait contribuer à expliquer pourquoi l'activité délinquante est plus intense chez les adolescents que chez les adultes.

Cet examen des risques que l'on court à commettre un délit isolé et de ceux qui menacent si l'on s'adonne régulièrement au crime montre que la délinquance peut être considérée comme un acte rationnel à court terme, mais qui cesse de l'être à la longue. Une activité criminelle habituelle sera presque inéluctablement punie. Le

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