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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)214

par le tribunal avaient une délinquance cachée subséquente plus élevée que celle de leurs camarades. Dans une dernière opération, Farrington, Osborn et West (1978) ont fait un appariement entre des jeunes gens qui avaient été condamnés entre 18 et 21 ans et ceux qui ne l'avaient pas été. Ici encore, ceux qui avaient dû répondre d'un délit devant un juge avaient, par la suite (à 21 ans), une délinquance à la hausse, ce qui n'était pas le cas chez les autres. Par ailleurs, l'analyse de la délinquance cachée à 18 et à 21 ans de garçons qui avaient été condamnés avant 14 ans fit constater qu'avec le temps la délinquance a tendance à baisser, que les sujets aient subi ou non une nouvelle condamnation par la suite. Il semble rait donc qu'avec les années l'effet d'amplification de la déviance disparaît progressivement 58.

Malgré tous ses raffinements méthodologiques, la recherche qui vient d'être résumée n'apporte pas de résultat concluant. En effet, la procédure d'appariement, aussi précise soit-elle, ne suffit pas pour surmonter le problème de l'effet de sélection dont il a déjà été question au chapitre 12. Il reste toujours possible que la police, les juges et les autres agents du système aient pris leur décisions en tenant compte de facteurs qui n'étaient pas considérés lors du pairage, avec pour résultat qu'on mesurait, non pas un effet de l'étiquetage, mais un effet de sélection. D'autre part, une autre interprétation de ces résultats reste possible. Seule une très petite minorité des garçons qui avaient été condamnés avaient subi une mesure de placement, les autres avaient été soit libérés, soit mis àl'amende, soit placés en probation. Il n'est donc pas exclu que ces mesures très peu intimidantes aient eu pour effet de faire prendre conscience aux délinquants qu'il ne couraient pas un gros risque en continuant à transgresser la loi. L'augmentation de la délinquance observée serait alors due, non à la stigmatisation, mais à l'érosion de l'effet dissuasif de la peine. Ces garçons ne sont pas sérieusement punis même s'ils sont condamnés ; ils réalisent alors qu'ils ne risquent pas grand-chose à commettre des délits.

58 En 1970, GOLD avait utilisé une méthodologie d'appariement semblable à celle qui vient d'être rapportée, mais avec un nombre de sujets plus petits. Il avait obtenu des résultats qui allaient dans le même sens : les délinquants arrêtés par la police avaient commis subséquemment plus de délits que les adolescents qui n'avaient pas eu de contact avec la police.

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