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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)217

Mais alors, pourquoi a-t-il commis un crime ? Les gens de l'entourage répondent en innocentant, en légitimant ou en excusant le délinquant. On se refuse à croire qu'il ait pu faire un tel geste : « Je reste persuadée qu'il est tout à fait étranger à ces faits » (p. 216). On justifie l'acte en chargeant la victime : « Il a dû vraisemblablement être menacé par la victime » (p. 215). Celle-ci aurait eu une attitude provocatrice elle « a poussé à bout » l'auteur du crime en lui faisant mener une « vie infernale », « insupportable », un « véritable calvaire » (p. 213). Les excuses sont généralement faites en termes de mauvaises fréquentations et de mauvais amis : « De son propre chef, mon fils est incapable de commettre un tel méfait » (p. 212).

Finalement, les proches n'abandonnent pas le délinquant, au con­traire, ils courent à son aide. Sur 25 audiences correctionnelles échantillonnées par Di Marino, le prévenu vient en compagnie soit d'amis, soit de membres de sa famille, dans 58% des cas (pp. 219-220). Puis ils vont le voir en prison.

« Cette volonté d'être au côté du délinquant au cours de l'épreuve qu'il traverse se manifeste également par le nombre considérable de permis de communiquer délivrés aux membres de l'entourage immédiat, et par les longues files d'attente que l'on peut voir aux portes des maisons d'arrêt les jours où s'exercent "les droits de visite" » (Di Marino, 1979, p. 220).

Même si elles sont nettement moins fréquentes, les réactions négatives de l'entourage n'en existent pas moins. Le délinquant est alors :

« présenté à son tour comme "un jeune fanfaron", "un garçon pas très ouvert", "un bagarreur", "une pourriture", "un individu de conduite et de moralité douteuses", "une crapule", "un mauvais garçon", "un mauvais sujet", un individu "au caractère très difficile et méchant", ou enfin un homme "qui n'a qu'une idée en tête, faire la bringue" dans les boîtes de nuit ».

« Quelquefois ces jugements péjoratifs s'accompagnent d'une prévision pessimiste voire même sans espoir quant à l'avenir du délinquant : ainsi trouve-t-on des témoins qui n'hésitent pas à déclarer que celui qui est poursuivi "n'est plus récupérable" ou "qu'il n'a rien de bon en lui pour se comporter dans un milieu honorable" » (Di Marino, 1979, pp.

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