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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)218

205-206).

Si on suivait la théorie de l'étiquetage, on serait porté à croire que la condamnation déclenche des réactions stigmatisantes de la part des membres de l'entourage du délinquant ; or les faits rapportés ici vont dans le sens contraire de cette supposition : plus souvent qu'autrement, on fait l'éloge du délinquant, on vole à son secours.

Les faits sont si éloignés de la théorie que Di Marino en arrive à conclure par une notion paradoxale : la « stigmatisation d'innocence ». Quand le délit est connu, on s'empresse de déculpabiliser le coupable, « on le fait parfois avec une telle vigueur qu'on finit par laisser croire au déviant lui-même qu'il n'a rien ou peu à se reprocher. On lui donne bonne conscience, on l'empêche de se rendre compte de la gravité de l'acte commis » (p. 231).

L'analyse de Di Marino peut être mise en rapport avec celle qui a été faite aux chapitres 7 et 8 du présent volume. On a pu constater alors que les délinquants ont typiquement vécu dans un climat moral marqué par l'indifférence ou par l'approbation devant la faute et que le blâme a un effet régulateur important sur la délinquance. Or, cette dernière observation va à l'encontre d'une proposition centrale de la théorie de l'étiquetage qui dit que la réaction sociale a un effet amplificateur sur la récidive. En réalité, l'absence de réaction sociale favorise la prolifération du crime.

Mais le terme réaction sociale, à l'évidence, n'est pas assez précis. Il faudrait distinguer entre blâme et stigmatisation. Il est clair que le blâme contribue à la régulation du crime. Les choses sont moins nettes pour la stigmatisation. Celle-ci peut être considérée comme un blâme poussé à l'extrême qui, vraisemblablement, aura une influence morale négative. Le transgresseur est qualifié d'incorrigible et exclu, ce qui affecte son sens moral et lui enlève les moyens de bien agir. On peut donc penser que cette forme bien particulière de réaction sociale qu'est la stigmatisation contribue à l'amplification de la délinquance. C'est le sens des quelques résultats présentés au chapitre 7 : les adolescents qui ont mauvaise réputation et qui sont insultés par leurs parents sont plus délinquants que les autres. Mais il est toujours difficile de distinguer la cause de l'effet. Car la stigmatisation est très souvent la

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