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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)219

conséquence d'une activité délictueuse jugée trop fréquente ou trop grave. Est-elle aussi la cause de la délinquance subséquente ? Cela est possible, mais on ne peut le démontrer de façon concluante. Les données disponibles ne nous permettent pas d'exclure la possibilité que la récidive qui suit la mesure stigmatisante soit due au fait que les individus qui font l'objet de cette sanction étaient, au départ, plus délinquants que les autres.

Les effets secondaires de la réaction sociale

il est raisonnable de supposer que de longs séjours en prison ou encore l'exposition répétée à des châtiments divers finiront par marquer un homme. Quel que soit l'effet des peines sur la récidive, on peut penser que celles-ci auront des effets secondaires sur le délinquant. L'existence de tels effets a probablement été l'un des facteurs qui a accrédité la thèse de l'amplification de la déviance. Trois effets secondaires des peines répétées et durables peuvent être identifiés : la démoralisation, les difficultés de réinsertion sociale et l'insensibilisation.

La démoralisation est une conséquence possible des longues incarcérations, lesquelles semblent éliminer le peu de sens moral qui pourrait subsister chez le délinquant et le pousser à se percevoir comme un criminel invétéré. C'est du moins ce que nous laissent croire quelques autobiographies.

« J'appris de nouvelles combines aux « Tombs » et, pis encore, je commençai vraiment à me percevoir comme un criminel » (Hapgood, 1903, p. 43).

Avec le temps, le détenu perd tout espoir de changer (Shaw, 1930, p. 160). Il a le sentiment qu'il ne pourra plus jamais se réhabiliter quels que soient ses efforts (Hapgood, 1903, p. 253). Finalement, il en arrive à perdre tout sens de la dignité et à se mépriser complètement.

« Les horreurs de ce centre de "corruption" ne peuvent pas être décrites. Je peux seulement dire que là je perdis tout respect pour moi-même ; je me sentis dégénéré et inhumain » (Shaw, 1930, p. 154).

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