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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)22

delà des catégories descriptives ou administratives - prison, police, tribunaux, probation, contrôle formel, contrôle informel, etc. Si on prétend aller plus loin que l'accumulation des faits singuliers, si on a l'ambition de se hausser à un niveau de généralité suffisamment élevé, il est indispensable de réduire la complexité infinie des manifestations concrètes du phénomène à quelques catégories essentielles. Voilà pourquoi j'ai construit une typologie théorique du contrôle social constituée de quatre types possédant chacun sa logique propre : 1. le traitement, 2. la morale, 3. la dissuasion et 4. la justice.

1. Le traitement est une forme de contrôle social qui a eu, pendant le dernier demi-siècle, la faveur des spécialistes des sciences humaines et celle de larges secteurs de l'opinion. L'utilisation de mesures thérapeutiques pour réhabiliter, rééduquer, resocialiser - peu importe le terme - les délinquants repose sur l'hypothèse que le crime est le symptôme d'un problème psychologique. Il s'agit donc de diagnostiquer le trouble qui est à l'origine de la conduite délinquante puis de le traiter. Le but poursuivi est de restaurer l'équilibre psychologique du délinquant et de répondre de façon individualisée à ses besoins. Le patient est réhabilité quand le thérapeute a réussi à changer les aspects de sa personnalité qui le poussaient au crime.

2. La morale. On a longtemps cru - et la croyance est encore vivace chez bien des gens - que le crime est tenu en échec par de solides convictions morales. Les notions de bien et de mal, épaulées par les pressions exercées par tous ceux qui désapprouvent le crime, forment l'essentiel de ce qu'on peut appeler le contrôle moral de la délinquance. Celui-ci repose sur l'hypothèse que la réprobation du crime exercera une influence sur la conduite des gens. En effet, l'individu qui s'est laissé convaincre que le crime est un acte indigne acquiert, par le fait même, une motivation pour résister aux tentations.

Le contrôle moral table sur le besoin qu'ont les êtres humains de se respecter. Il mise aussi sur leur désir d'être bien vus des gens dont l'opinion leur importe : ceux qu'ils estiment et ceux auxquels ils sont attachés. Ainsi, la personne sur qui s'exerce l'action de la morale évite le crime parce qu'elle est convaincue que, si elle cédait à la tentation, elle se déshonorerait a ses yeux et aux yeux d'autrui.

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