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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)220

Cette déchéance morale peut être causée par les conditions de vie en prison, mais l'influence corruptrice principale vient certainement des autres détenus qui, par leurs actes et par leurs paroles, témoignent quotidiennement de la mort des principes moraux.

On peut donc penser que l'expérience carcérale prolongée peut briser les ressorts de la vie morale : les convictions, la fierté, l'image positive de soi. Après un long séjour en prison, le détenu aura perdu les quelques convictions morales qu'il possédait lorsqu'il y est entré (à supposer qu'il en possédait alors). Il s'assumera en tant que criminel ; il cessera de réagir avec indignation devant le vol et la violence ; il n'éprouvera plus aucune honte s'il pose de tels gestes. Moralement parlant, il n'aura plus rien à perdre en se consacrant au crime.

L'intervention pénale ne peut qu'accentuer les difficultés de la réinsertion sociale. Comment trouver un emploi satisfaisant quand on sort de prison ? Comment se faire des amis ? Il suffit de mentionner ces faits qui ont déjà été rapportés au chapitre 2.

L'insensibilisation est le résultat de l'accumulation des peines. Le criminel récidiviste a subi, par la force des choses, des sanctions de toutes sortes qui visaient à le corriger ou à l'intimider. Pour résister à toutes ces pressions, il a dû se construire des défenses. Il a appris à rester indifférent et impassible sous les reproches et sous les coups. Il dissimule tout sentiment de faiblesse sous un visage sans expression, sous un masque d'impassibilité (Schouten et al., 1976, p. 58).

« Leur courage dans l'adversité forçait mon admiration. Je les aimais de savoir souffrir dans le silence et le dédain, sans ne rien abdiquer d'eux-mêmes. Ni les coups ni les pires sévices ne venaient à bout de leur mépris. Ils s'immolaient sur l'autel d'une virilité qu'ils finissaient par symboliser, sourds et muets à tout ce qui n'était pas leur obsession, imperméables à toute influence - irrécupérables - suivant le jargon des Frères » (Del Castillo, 1965, p. 194).

L'air buté, l'attitude hautaine et fermée cachent des sentiments comme la culpabilité ou la peur qui pourraient donner prise aux blâmes et aux punitions. Pour mieux résister àla réaction sociale, le délinquant se déshumanise, selon l'expression de Mailloux (1971, p.

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