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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)223

Peyre (1979, p. 55), la plupart des délinquants ont des contacts ponctuels avec le système pénal. Effectivement les multirécidivistes y sont rares. Les études de cohorte nous permettent d'affirmer qu'à peu près la moitié des délinquants n'ont qu'un seul contact avec le système pénal (voir chapitre 13). Ainsi, dans la moitié des cas, l'étiquetage n'a pas eu l'effet prévu ; le coupable n'a pas basculé dans la déviance secondaire.

Knutsson (1977) a fait remarquer que, s'il était vrai que la condamnation fige le transgresseur dans un rôle criminel, le nombre de délinquants augmenterait régulièrement avec l'âge. En effet, chaque nouvelle condamnation équivaudrait à recruter une personne de plus dans l'armée du crime et, comme on ne peut plus en sortir, les proportions de criminels deviendraient de plus en plus fortes au fur et à mesure qu'on avancerait en âge. Or, on sait qu'il n'en est rien. On trouve les plus forts pourcentages de délinquants vers la fin de l'adolescence, puis les courbes diminuent progressivement. Les vieillards sont rarissimes dans l'armée du crime. S'il est un fait solidement établi en criminologie, c'est que, pendant la vingtaine, la criminalité commence à baisser et qu'elle baisse constamment par la suite. Ce fait décisif, la théorie de l'étiquetage est totalement incapable de l'expliquer ; qui plus est, si on suit sa logique, on doit penser que c'est là une impossibilité.

Une hypothèse plus conforme aux faits connus pourrait être suggérée. Il est fréquent que des gens commettent des délits sans pour autant s'assumer comme délinquants. Ils volent, mais ils ne se considèrent pas comme des voleurs. Ils utilisent les légitimations classiques - minimiser le délit, charger la victime, prétendre que tout le monde le fait - pour rester dans une situation ambiguë qui a l'avantage de leur permettre de garder bonne conscience tout en continuant à violer la loi. La réaction sociale, et tout particulièrement la condamnation, les met devant une alternative qui exclut tout compromis : soit cesser de commettre des délits, soit continuer, mais alors ils devront s'assumer comme délinquants. Acculés à prendre position clairement, certains décideront de cesser de violer la loi, d'autres opteront pour le crime. Il est alors possible que ces derniers basculent dans une délinquance plus virulente parce que consciemment assumée.

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