X hits on this document

969 views

0 shares

0 downloads

0 comments

225 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)225

manifestement faux. La délinquance peut apporter à ses auteurs de réels renforcements. Je les ai longuement énumérés dans un autre ouvrage (Cusson, 1981) : le délit est un moyen de se procurer de l'argent, d'avoir du plaisir, d'obtenir de la puissance et du prestige. Un tel comportement n'a aucunement besoin de support extérieur pour se maintenir. S'il est vrai que le délit peut être gratifiant, alors quand on ne réagit pas devant les infractions d'un enfant ou d'un adolescent, celui-ci risque fort d'apprendre à satisfaire ses désirs par le crime ; il prendra l'habitude du vol et de la violence et il en arrivera même à s'engager dans une carrière criminelle d'autant plus difficile à faire cesser que le sujet aura acquis ce besoin du crime dont il a déjà été question 59.

Conclusion

Si une théorie scientifique doit être jugée par sa capacité de rendre compte des faits, la théorie de l'étiquetage mérite d'être jugée sévèrement. Ses propositions de base sont si loin des faits connus que si on en prenait l'exact contre-pied on aurait une vision plus juste du réel. Ainsi, au lieu de dire que la réaction sociale amplifie la délinquance, il serait plus juste de dire qu'elle la réduit. S'il existe une telle chose que l'amplification de la déviance causée par l'étiquetage, le phénomène est si rare qu'il ne laisse pratiquement pas de trace. Par contre, de très nombreuses observations permettent de déduire que la réaction sociale peut avoir une influence soit morale, soit dissuasive. Ces effets régulateurs écrasent, par leur importance, toute influence amplificatrice éventuelle.

Ceci ne veut pas dire que les réactions sociales stigmatisantes n'existent pas. Il arrive fréquemment, au contraire, que les gens réagissent à un crime en donnant une définition péjorative du

59 Cependant, on ne peut déduire de ceci une politique d'intervention maximale. Car il faut tenir compte d'autres facteurs. L'action pénale n'est jamais innocente, Elle comporte une part irréductible de coercition et même de brutalité. Et sa valeur thérapeutique est plus que douteuse. Les mesures pénales n'agissent que par peur et elles ont des effets secondaires inquiétants : démoralisation, difficulté de réinsertion sociale, endurcissement. La modération des peines dont parlait Beccaria reste d'actualité.

Document info
Document views969
Page views969
Page last viewedSun Dec 11 06:44:25 UTC 2016
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments