X hits on this document

819 views

0 shares

0 downloads

0 comments

228 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)228

Les souffrances de la vie en prison

Tôt ou tard, le criminel d'habitude tâte de la prison. L'incarcération restera pour lui la peine principale. Pour se faire une idée du processus de dissuasion, il faut donc voir comment et à quel point la vie en prison est désagréable. Je commencerai en examinant ce que Sykes (1958) appelait les souffrances de l'emprisonnement.

Le caractère pénible d'un séjour en prison ou en institution découle d'abord de l'enfermement proprement dit, ensuite du régime interne qui s'instaure en milieu carcéral et, enfin, de l'obligation de cohabiter avec d'autres délinquants. 60

L'enfermement, c'est bien évidemment d'abord la privation de la liberté, de celle d'aller où on veut, de chercher son plaisir ,où on a pas pris l'habitude de le trouver, de faire ce qui nous plait quand ça nous plaît. L'enfermement, c'est aussi ne plus pouvoir connaître le plaisir des relations sexuelles, sinon celui des relations homosexuelles. En prison et en institution, des plaisirs très simples sont inaccessibles. « Le monde le sait pas comme c'est en dedans. Nous autres on rêve de se promener sur le trottoir comme tout le monde » (Laflamme-Cusson et Baril, 1975, vol. II, p. 195).

60 Dans ce chapitre, je ne distingue pas systématiquement les institutions pour jeunes délinquants des prisons. L'expression « expérience carcérale » vise les deux types d'établissement. Les raisons de ce choix sont les suivantes, Premièrement, le problème du délinquant chronique se pose aussi bien chez les mineurs que chez les adultes. Deuxièmement, il est vrai que, en général, les institutions pour jeunes délinquants ont un régime beaucoup plus humain que, les prisons, mais cette généralisation souffre de nombreuses exceptions. Il existe des institutions qui, à toutes fins pratiques, sont des prisons et il y a des prisons à sécurité minimum qui ressemblent beaucoup à des institutions pour mineurs. Troisièmement, prisons et institutions pour jeunes délinquants appartiennent à la même catégorie institutionnelle. Ce sont, dans la terminologie de Goffman (1961), des institutions totalitaires. Les institutions pour jeunes ont d'importants traits communs avec les prisons : l'enfermement, la régimentation, la sujétion, l'ennui, la crainte des codétenus, etc.

Document info
Document views819
Page views819
Page last viewedTue Dec 06 20:51:11 UTC 2016
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments