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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)229

Etre enfermé, c'est aussi être coupé des gens qu'on aime, de la vie familiale, des soirées, de la danse du samedi soir. Cette coupure est ressentie avec une acuité toute particulière pendant les fêtes.

« Il faut avoir connu ça, des Noël en prison, pour savoir à quel point ça peut être triste. Bien sûr, il y avait un petit réveillon et, à minuit, les gars se serraient la main. C'étaient des « Joyeux Noël » et des souhaits et des rires. Mais certains ne riaient pas. En tout cas, moi je ne voulais voir personne. J'aimais mieux pleurer tout seul dans mon coin. Vous savez aussi bien que moi que c'est normal de ne pas exploser de bonheur dans ces conditions. A l'époque des Fêtes, il y a des détenus qui prennent ça très mal. Après tout, il y a des pères de famille qui pensent à leur femme et à leurs enfants... Alors, je vous jure que ce n'est pas beau à voir. Parmi ceux qui sont dans les cellules, certains font des crises ; d'autres se coupent les poignets ; d'autres cassent tout dans leur cellule. Ce sont des scènes terribles, difficiles à supporter, croyez-moi » (Jodoin, 1976, p. 100).

Quel que soit le programme d'activité proposé aux détenus, on s'ennuie en milieu carcéral. Il s'y instaure inévitablement une routine fort monotone. « Ici tu prends ta douche à 4 h 30. C'est toujours pareil. Chez vous, si tu as le goût de prendre un bain... tu y vas... tu n'attends pas l'heure des bains. Si ça changeait des fois ! Toujours les mêmes heures, les mêmes faces, les mêmes murs » (Laflamme-Cusson et Baril, 1975, vol. II, p. 120). La nouveauté, l'imprévisible, l'événement sont supprimés par la nature même de la vie institutionnelle. Dans les institutions pour jeunes délinquants des États-Unis, 77% des pensionnaires sont d'accord avec l'affirmation suivante : « La plupart du temps, c'est ennuyeux ici » (Vinter et al., 1976, p. 181). L'ennui est accentué par l'attente : on attend son procès, on attend la fin de sa sentence, on attend que nos parents viennent nous voir. On tue le temps tant bien que mal : en bavardant, en jouant, en rêvant, en somnolant, en comptant les heures et les jours, en se battant, en volant, en provoquant les gardiens, en préparant une évasion, en organisant une émeute. Mais rien ne peut faire, sauf exception, que le temps passé en institution ou en prison ne soit du temps mort, du temps perdu.

Comme l'a bien montré Goffman (1961), le totalitarisme est la pente naturelle d'une organisation bureaucratique qui doit prendre en charge, 24 heures par jour, un groupe de gens confinés dans le même

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