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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)230

espace. L'appareil concentre entre ses mains un pouvoir énorme et d'autant plus grand qu'il n'est contrebalancé par aucun contre-pouvoir organisé. En milieu carcéral, le pouvoir totalitaire est d'autant plus inévitable que les pensionnaires n'ont aucune motivation ni à y rester, ni à collaborer et qu'on trouve parmi eux une majorité d'individus qui ont appris à, résoudre leurs problèmes par le vol et la violence.

Ce régime coercitif engendre une autre forme de perte de liberté : la sujétion, la perte quasi totale de l'initiative. Tout est décidé à la place des détenus : quand se lever, quand et quoi manger, que faire pendant la journée, etc.

La victimisation - « La pire chose dans une prison, disait un détenu à Sykes (1958, p. 77), est que vous avez à vivre avec d'autres prisonniers. » Il faut le dire brutalement : quand on met ensemble des voleurs et des violents, ceux-ci continuent à pratiquer les uns contre les autres le vol et la violence. Les détenus le reconnaissent sans difficulté.

« Il y a des gens qui se suicident en prison. J'ai perdu nombre d'amis de cette façon. D'autres s'entretuent en prison. C'est un lieu brutal, non pas surtout à cause des gardiens, mais des détenus eux-mêmes. La prison devient l'entrepôt des bêtes impitoyables et fascistes de ce monde. Les prisons concentrent ces gens dans un espace étroit et clos. Par leur fonction, elles distillent le pire de la société ; par leur nature, elles l'augmentent » Mac Isaac, 1968, p. 56).

Dans les institutions pour jeunes délinquants, on ne va pas jusqu'au meurtre, mais on n'y échappe pas à la violence.

« Le centre où j'étais - Savigny -, il était considéré comme très bien par rapport aux autres ! Alors que c'est déjà la prison... Parce qu'après, tu passes effectivement dans les groupes et là, c'est le caïdat avec les mecs. Faut que tu te fasses respecter à coups de poing, c'est déjà la prison. Avec les éducateurs, c'est pareil : faut que tu sois le petit mac pour qu'ils te considèrent. Dès que t'es le petit mac, les éducateurs disent : « Lui, c'est une personnalité. Il est bien »... Parce que tu tapes, parce que tu te fais respecter. Faut que tu entres déjà dans le jeu de la prison avec les mecs qui sont là... » (Aurousseau et Laborde, 1976, p. 23).

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