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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)231

Dans un échantillon d'institutions américaines, Vinter et al. (1976) nous apprennent que 48% des pensionnaires se sont battus contre un autre jeune pendant le mois précédent et que 28% d'entre eux avaient commis un vol dans l'institution pendant la même période. Ceci veut dire que dans de tels milieux le risque d'être agressé et volé est constant.

Il n'est pas rare que de véritables systèmes d'exploitation basés sur la violence physique se développent dans les prisons et les institutions. Bartollas et al. (1976) ont consacré un livre à l'analyse de la victimisation qui s'était installée à demeure dans une institution pour jeunes délinquants des États-Unis. Dès qu'un nouveau arrivait, il était soumis à une pression impitoyable. Pendant les repas on s'emparait de ses meilleurs plats. On l'obligeait à donner toutes ses cigarettes. On lui arrachait les friandises achetées à la cantine. La victime était rapidement obligée de choisir entre se défendre à coups de poing ou se laisser dépouiller systématiquement. Bartollas et ses collaborateurs ont estimé qu'au moins 90% de tous les résidents de cette institution étaient soit des exploiteurs, soit des exploités. Les garçons incapables de se défendre en arrivaient à être victimes de viols homosexuels. Ces garçons devenaient alors des boucs émissaires. Vivant dans une terreur constante, humiliés, traumatisés, certains allaient jusqu'à tenter de se suicider.

Dans la plupart des prisons, les détenus craignent avec raison pour leur vie.

« Il était rare qu'une semaine se passe sans qu'un détenu soit poignardé. C'étaient des coups de couteau dans le dos, une lame dans les tripes, un gars qui se faisait défigurer, un autre qui se faisait arracher un oeil... » (Jodoin, 1976, p. 76).

Le « code des détenus » dont on parle tant et qui soi-disant favoriserait la solidarité entre les prisonniers n'offre qu'une piètre protection contre l'exploitation et la brutalité. La seule règle qui compte vraiment est celle qui interdit la délation et, encore, elle n'est respectée que parce qu'on craint les représailles. Pour le reste, la loi du plus fort domine.

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