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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)233

Il n'est pas déraisonnable de supposer que les ex-détenus qui récidivent le font parce qu'ils sont moins sensibles à la peine que les autres. Pour ces hommes, la vie en prison ne comporterait que des désagréments mineurs, pas suffisants pour les intimider. Cette supposition n'est fondée que si on peut démontrer que, pour certains, l'incarcération est une expérience nettement moins désagréable que pour d'autres. Une telle démonstration est possible. On peut même aller plus loin en ce sens : pour quelques-uns, la prison n'a absolument aucune valeur intimidante.

La vie est en effet pleine de surprises ; malgré tout ce que la prison ou l'institution comporte de désagréable et d'odieux, il se trouve des hommes qui s'y sentent bien et même qui cherchent à y retourner. Certains adolescents, après avoir séjourné dans des institutions françaises, disent « regretter le Centre ». L'un d'eux « s'y trouvait très bien ». Ces adolescents appréciaient tout particulièrement le fait de s'y sentir « protégés » et « acceptés » (Selosse et al., 1972, p. 307). Des constatations analogues ont été faites chez des hommes qui sortaient des prisons et des pénitenciers. Environ 15% des ex-détenus de l'échantillon de Waller (1974, p 77) reconnaissaient que, de temps à autre, ils se sentaient mieux en prison qu'en liberté 61. 60% des criminels adultes interrogés par Petersillia et al. (1978, p. 46) affirment n'avoir eu aucune difficulté à s'adapter à la prison pendant leur période adulte (contre 47% pendant la période juvénile et 40% pendant la période « jeune adulte »).

Cela peut surprendre. Un ex-détenu de la Californie nous explique pourquoi on peut préférer la prison à la liberté.

« Bien sûr que la prison me manque. J'avais un tas de bons amis là-bas. J'ai vraiment détesté d'avoir à partir. Je savais que je ne reverrais pas la plupart des gars. J'y faisais un tas de choses intéressantes. On me réglait mon problème de logement. J'avais mon boulot. J'étais habitué à la nourriture. J'allais à l'école. Et j'avais quelques amis farfelus ; nous faisions un tas de frasques ensemble. Mis à part les femmes, peu m'importait d'être en taule » (Irwin, 1970, p. 134).

61 Pour être plus exact, 17% des sujets en libération conditionnelle et 13% de ceux qui n'avaient pas obtenu de libération conditionnelle faisaient un tel aveu.

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