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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)234

Il arrive que des adolescents, désabusés de la vie qu'ils mènent, demandent à être hébergés de nouveau dans l'institution où ils ont déjà été et ils y retournent avec un plaisir évident.

« Mais, après un moment, j'en ai eu marre de l'école et de Harlem. Papa découvrit ce que je faisais et dit : Ce garçon est bon à rien ; il n'a jamais été bon, il ne sera jamais bon. Il me dit de ne plus revenir à la maison. Alors je me suis dit : “De toute façon, je ne veux plus jamais y mettre les pieds.”

« J'avais seulement à peu près quinze ans. Je n'aimais pas l'idée d'être incapable de me caser et d'être obligé de rester dans la rue. Alors, un jour, j'en ai eu par-dessus la tête et je suis retourné à Warwick. Je me suis rendu à la Maison des Jeunes, où l'autobus avait coutume de prendre chaque vendredi tous les garçons qui allaient à Warwick. Je dis seulement au chauffeur et à l'autre type qui était dans l'autobus que mon nom était Claude Brown, que je résidais à Warwick et qu'ils me cherchaient. Ils m'ont dit : « Monte. » Alors je suis monté et je partis pour Warwick.

« Arrivé là, tout le monde était content de me voir. C'était comme revenir chez soi, comme des retrouvailles. J'avais été absent seulement quatre mois à peu près et la plupart des gars que j'avais laissés à Warwick y étaient encore ; alors il y avait une place pour moi » (Brown, 1965, p. 146).

La prise en charge aux frais de l'État est une autre facette de la vie carcérale. En prison, on vous loge, habille, nourrit. Incontestablement, on y est, la plupart du temps, mal logé, mal habillé et mal nourri. Mais c'est toujours mieux que rien. En outre, l'homme qui a horreur de prendre des décisions appréciera le fait que, tous les jours, un nombre considérable de fonctionnaires sont payés pour tout décider à sa place. Il peut alors se payer le luxe de l'irresponsabilité totale : tout est assumé par le système.

Et l'homme qui a horreur du travail goûtera le repos. Car, malgré l'impression que donnent les mots « travaux forcés », il est rare que les détenus doivent travailler bien fort. Si le travail est souvent obligatoire, l'effort et la productivité ne le sont qu'exceptionnellement. Dans un monde compétitif et obsédé par l'efficacité, les institutions carcérales offrent un refuge aux gens qui détestent travailler sous

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