X hits on this document

729 views

0 shares

0 downloads

0 comments

24 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)24

Pour le commun des mortels, il paraîtra évident que le contrôle social - au moins certaines de ses manifestations - remplit sa fonction et contribue, sinon à résorber, du moins à réduire le nombre de crimes. Mais cette opinion est contestée par un grand nombre de spécialistes de la question. C'est ainsi que les criminologues positivistes ont constamment mis en doute l'idée que le contrôle social, à l'exception des mesures thérapeutiques, pouvait avoir une réelle influence sur la criminalité. Selon eux, les facteurs d'ordre biologique, psychologique ou sociologique qui affectent le crime n'ont pas grand-chose à voir avec ce qu'on fait pour tenter de l'empêcher. Ceci a conduit ces criminologues à élaborer des théories dans lesquelles le contrôle social était purement et simplement ignoré en tant que variable pertinente. Il était jugé si peu important que, dans bon nombre de traités de criminologie, on ne se donnait pas la peine d'en parler, sauf pour faire remarquer, en passant, que le crime a toujours existé bien qu'il ait de tout temps été cruellement châtié.

Pendant les années 60, on a constaté un renouveau d'intérêt chez les criminologues pour le contrôle social. Mais c'était pour affirmer qu'il contribue à la fabrication des criminels, produisant donc exactement le contraire de ce qu'on pouvait en attendre. Cette idée, surprenante au premier abord, n'est pas tellement nouvelle. Le développement de la prison coïncide avec la popularisation du dicton : « La prison est l'école du crime. » Victor Hugo illustre cette thèse. Jean Valjean vole du pain pour sauver sa famille de la faim. Arrêté et condamné, il passe une partie de sa vie au bagne. La terrible vie qu'il y mène, l'injustice et l'ostracisme qui s'ensuit font de lui un criminel endurci. Depuis la publication des Misérables, l'idée n'a jamais été totalement oubliée. Pour les sociologues interactionnistes contemporains, la réaction sociale contre le crime est une opération d'étiquetage par laquelle les individus qui ont la malchance de se faire attraper sont marqués comme criminels. On leur impose ainsi une identité négative. Le délinquant stigmatisé, ne pouvant retrouver sa place dans le circuit social, est contraint de mener une activité de paria qui l'oblige à une activité criminelle de laquelle on ne voit pas comment il sortira.

Encore maintenant, le raisonnement qui domine en criminologie est le suivant. Malgré tous les efforts faits depuis toujours pour

Document info
Document views729
Page views729
Page last viewedSun Dec 04 09:04:19 UTC 2016
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments